LE
PEUPLE SAHRAOUI CONTINUE SA LUTTE POUR LA LIBERATION
Le 16 mars 2002, des amis qui ont lutté depuis toujours pour
la cause du peuple Sahraoui nous ont invité à la réunion
constitutive du Bureau International pour le Respect des Droits de l'Homme
au Sahara occidental (BIRDHSO). Nous avons fait connaissance avec les
militants Sahraouis, qui entre autres, ont manifesté devant le
Palais des Nations Unis pour alerter la communauté internationale
sur le sort des disparus Sahraouis.
M. Jairo Sanchez Lara en représentation de l'ASSOCIATION AMERICAINE
DE JURISTES et moi-même pour MEMORIA VIVA, avons décidé
d'aller sur place en mission d'observation et partager avec eux un moment
de solidarité, afin de dénoncer les injustices suivies par
ce peuple que -depuis 27 ans- lutte pour sa libération.
SEJOUR A EL AYOUN - 15 ET 16 OCTOBRE 2002
Depuis les montagnes sablonneuses des alentours d'El Ayoun, les mots
Dieu, Patrie et Roi écrits en arabe nous reçoivent, ainsi
que les "forces de l'ordre" qui nous traquent et poursuivent
partout où nous allons avec plusieurs véhicules. Réfléchissons
à ces trois mots:
DIEU. La plupart des Sahraouis sont des musulmans, profondément
croyants et respectueux de leur Dieu.
PATRIE: ce peuple n'a pas encore de Patrie, Ils vivent dans un territoire
occupé par les Forces Armées et les colons marocains établis
au Sahara Occidental à 80%: le Sahara Occidental est un territoire
annexé par le Royaume marocain depuis 1975.
ROI: La photographie du feu, le Roi Hasan II se trouve dans tous les coins
de rue (son image est dans tous les halls de toutes les institutions publiques
ou privées), tandis que Le Roi Mohamed VI, qui parle actuellement
du "changement dans la continuité" veut donner "une
image moderne" de lui-même, et préfère se photographier
plutôt "jeune" et "ouvert" sans cravate "à
l'occidental".
Même, il a autorisé le peuple marocain d'apercevoir le "visage
découvert" de la jeune mariée lors de la cérémonie
de fiançailles : première fois dans l'historie du royaume
Alaouite!!!!
En réalité il s'agit de la "continuité dans
le non-changement" : tant que le Roi Mohamed VI dira que la "Patrie
clémente et miséricordieuse", accordera "à
ses fidèles sujets", "l'autonomie aux provinces du Sud"
: IL N'AURA PAS DE SOLUTION A LA CAUSE SAHAROUI, car les prisons marocaines
sont encore pleines d'hommes, qui demandent vérité, justice,
travail, respect de leur culture, non - appropriation de leurs terres,
non à la colonisation économique de leur territoire. Chaque
Sahraoui privé de sa liberté, est aujourd'hui torturé
par les "forces de l'ordre". Evidemment qu'il y a de la "continuité".
Pendant le règne du ROI HASAN II, entre 1975 et 1999 ont disparu
plusieurs centaines de personnes: (890 recensées par AFAPREDESA
- Association de familles de Prisonniers et de disparus Sahraouis), destin
encore "inconnu" par les proches qui cherchent désespérément
les leurs.
Il y aura du "changement" quand le Roi Mahomed VI permettra
une issue conforme aux aspirations légitimes du peuple Sahraoui,
d'exercer son droit inaliénable à l'autodétermination.
Nous sommes arrivés à El Ayoun depuis Agadir, dans un bus
délabré qui a mis plus de 12h en parcourant environ 750Km,
car il devait s'arrêter dans tous les villages et, au fur et à
mesure qu'on approchait du Sahara, les postes de Gendarmerie étaient
présents pour contrôler les voyageurs et inspecter les documents
d'identité, - surtout à nous, les seuls étrangers
dans ce véhicule.
Le désert est TRES SALE, MALPROPRE ET NEGLIGE: bouteilles en plastique
vides, papiers, ordures de tout type s'amoncellent à l'entrée
de cette belle Ville. L'état marocain ne ramasse pas les ordures
qui traînent un peu partout. La "province du sud" ne mérite
pas qu'on l'entretienne.
Le désert entoure El Ayoun. Depuis l'hôtel nous pouvons contempler
les dunes. La population est en majorité marocaine, Personne peut
nous dire quelle est la population exacte : 50.000, 100.000 personnes
?. Il n'a pas de recensement (le dernier date de 1974). Petit à
petit, les colons marocains s'approprient de tout. En 1975, quand les
espagnols ont quitté le territoire, El Ayoun comptait un pâté
des maisons et une église catholique.
UP
Ce matin même, nous avons rencontré M. Sidi Mohamed Daddach,
ancien détenu politique, libéré le 7 novembre 2001,
depuis 24 ans passés dans les cachots marocains. Daddach est un
jeune homme d'environ 45 ans. Le peuple Sahraoui a trouvé un appartement
pour lui et sa femme dans la banlieue populaire. Le fait de serrer la
main à cet homme a été pour nous, d'une incontestable
satisfaction.
Daddach -en liberté et vivant- nous permet de garder l'espoir face
à tous nos camarades qui ont lutté pour la libération,
contre les dictatures et leurs alliés, et qui à cause de
cela ont disparu, sont morts ou emprisonnés.
L'après-midi du même jour, nous avons rencontré les
familles des prisonniers et disparus politiques d'El Ayoun. Nous avons
pu constater que les "larmes sont universelles", que la détresse
et la souffrance accompagne tous les visages. Les proches veulent savoir
où se trouvent tous les disparus. Le Royaume du Maroc ne donne
aucune information. Même à l'heure actuelle, les familles
ne savent pas s'ils sont vivants ou morts.
Mercredi matin, du 16 octobre 2002: ouverture du procès contre
M..Abdessalam Eddimaoui, prisonnier politique détenu à Goulimini
le 28 août 2002, accusé d'être le promoteur et instigateur
des violents affrontements en novembre 2001, entre les forces de l'ordre
marocaines et le peuple Sahraoui dans la Wilaya de Smara, mobilisation
menée par des sahraouis demandeurs d'emploi.
M. Eddimaoui, militant des Droits de l'Homme, membre du Forum Vérité
et Justice -section Sahara occidental-, commerçant, domicilié
à Smara, est détenu, car "il semblerait" -selon
le procureur- que plusieurs témoins l'ont vu lancer des pierres
contre les "forces d'ordre". Ce 17 novembre 2001, M. Dimawi
attendait - en vain- à l'aéroport d'El Ayoun, l'arrivée
de Mme Danielle Mitterand, responsable de France-Libertés qui voulait
contacter des militants des droits humains. En vain, car les autorités
marocaines avaient interdit Mme Mitterand d'embarquer sur un vol à
destination de El Ayoun.
Mais, l'impunité règne actuellement au Maroc : M. Eddimaoui
est capturé et maintenu en prison jusqu'au 10 octobre 2002 : jour
où nous étions présents à l'audience. (4 étrangers:
un juriste et un photographe espagnols et nous deux, au milieu d'au moins
150 Sahraouis qui remplissaient la salle), plus le Juge et ses 4 conseillers,
les 7 avocats de la défense, le procureur, le greffier qui rédigeait
les dépositions "à la main" et M. Dimawi qui a
pris la parole avec beaucoup de courage, après que les témoins
de l'accusation n'ont pas reconnu "le coupable" dans le lieu
où se sont produits les affrontements. Notre "étrangeté"
parmi le public, et le besoin du Royaume marocain de donner une image
"démocratique" à peut-être permis, la liberté
de M. Dimawi . Lors de la fermeture des lieux à midi (le verdict
devait se prononcer à 16h), nous avons su par téléphone
portable que M. Dimawi était acquitté!!!!!
Tina Meschiati
MEMORIA VIVA
JARDIN DES DISPARUS
UP
LE
PEUPLE SAHRAOUI CONTINUE SA LUTTE POUR LA LIBERATION
VISITE DE LA WILLAYA
SMARA (VILLE MARTYRE) LE 17 OCTOBRE 2002
Nos amis sahraouis nous ont régalé avec la cérémonie
du thé sucré et mousseux, au bord de la mer, pendant le
coucher du soleil. L'hospitalité des Sahraouis -nomades d'origine-,
mais aujourd'hui la plupart d'entre eux sédentarisés, "rêvent
de leur ancienne liberté" et quand la saison des pluies arrive,
ils se retrouvent au milieu du désert entourés de caravanes,
tentes, voitures 4X4, animaux, pour parler librement dans leur dialecte,
récupérer les chameaux perdus, transmettre ses doléances,
amours, tout ceci, imprégnés du sable et caressés
par le vent chaud qui permet de respirer.
Mais, n'oublions pas que les sahraouis sont "chez les marocains"
Nous nous retrouvons avec les gendarmes et la police au milieu de la seule
route poussiéreuse qui mène d'El Ayoun à Smara. Ces
messieurs sont très gentils avec nous, mais ils nous suspectent.
Personne ne fait du tourisme dans ce coin éloigné du monde.
Depuis environ 220 Km parcourus, nous arrivons à Smara. Au loin,
dans les montagnes avoisinantes, les 3 mots écrits en arabe nous
reçoivent : Dieu, Patrie et Roi. Même la police, -encore
une fois- nous demande les passeports.
Dans une maison très accueillante, une trentaine de personnes nous
attendaient pour nous présenter les témoignages sur leurs
proches disparus.
En juillet 1976, Smara était considérée un territoire
"militaire", où les Forces Armées marocaines combattaient
contre le Front Populaire de Libération de Saguia el Hamra et Rio
de Oro (Polisario).Le peuple de Smara a été pris en otage.
La plupart de personnes disparues datent de cette époque. Entre
le 8 et le 20 juillet 1976, environ un millier de personnes furent détenues,
maintenues en prison et portées disparues (environ la moitié),
par les membres des Forces Armées et la Gendarmerie marocaine.
Chaque proche est venu pour nous raconter ses souffrances pendant toute
la journée jusqu'à très tard la nuit, où chacun
(e) "représentait" un père, une mère, un
enfant, même un voisin disparu.
Nous, "confiants de notre qualité d'européens"
avons pressenti que ces gens étaient tourmentés, car ils
se sentaient surveillés.
Les hommes peinaient vraiment à nous raconter les tortures subies
par les femmes, car pour eux, la pudeur liée à la question
religieuse, les empêche de dénoncer ces sévices, mais,
les femmes présentes à cette réunion, ont eu le courage
exemplaire de nous dire, que les femmes et même les hommes ont été
violés avec des bouteilles, frappés avec des bâtons
et suppliciés avec des fouets électriques.
Le témoignage très poignant d'une femme nous a vraiment
touchés: petite, mince, toute habillée en noir, bergère
du désert, qui n'avait jamais mis ses pieds dans une ville, très
humblement nous racontait, "que la Gendarmerie était venue
une fois chez eux au milieu du désert (à 12 km de Smara),
où ils ont tué toutes les chèvres, amené tous
les hommes, volé tous les chameaux , brûlé les tentes
et les vêtements, laissant les femmes et les enfants tout seuls.
Ils ont pu survivre dans un petit village (près de Guelmin à
environ 300 km de Smara), où les voisins leur donnèrent
à manger, jusqu'à la saison des pluies, où ils ont
pu retourner à Smara. Les hommes ne sont jamais réapparus".
Après les soulèvements en septembre 1999 en El Ayoun entre
les "forces de l'ordre" et les étudiants, les ouvriers
de Phosboucrâa et les diplômés chômeurs sahraouis,
le Gouvernement marocain fut obligé de laisser échapper
"un peu de vapeur à la marmite", et les familles de disparus
de Smara se sont constituées en groupe, sont parties à Rabat,
afin de dénoncer sur la disparition forcée de ces personnes
au Conseil consultatif des Droits de l'homme, dépendant du Ministère
des Droits Humains du Royaume de Maroc.
Mais, soyons clairs: plus tard, quelques familles recevaient des convocations
en arabe (tamponnées mais sans signature) où elles furent
obligées de rédiger et signer un document, indiquant que
leurs proches étaient morts!!!! afin de toucher (Inch'Allah) une
"probable" indemnisation.
Avons nous le droit de publier leurs noms et leurs photos ?. NOUS CRAIGNONS
POUR LEUR SECURITE, car ils se savent en otage, mais le courage de ce
peuple prédomine sur l'impunité qui règne au Sahara
occidental. Tous demandent la même chose: savoir où ils sont
les disparus. Les familles demandent vérité et justice.
Nous, européens, avons l'obligation d'être attentifs, de
dénoncer et surtout de ne pas oublier ce peuple en lutte.
PRINCIPAUX RESPONSABLES DE CE GENOCIDE (1976)
Capitan AN MARTI du 18ème bataillon de l'armée du Royaume
de Maroc
Sous-lieutenant DRIZE, qui habite actuellement à Tanger
Colonel DLAMDANAUAR de l'armée marocaine, aujourd'hui à
l'Ecole militaire de Kenetra
Lieutenant colonel SBAYAA de la Gendarmerie marocaine (actuellement à
Agadir).
Tina Meschiati
MEMORIA VIVA
JARDIN DES DISPARUS
UP
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