TEMOIGNAGES DE LA REPRESSION
MAROCAINE
EL
GHALIA DJIMI
La concernée c'est ma grand-mère : FATIMATOU
AHMED SALEM BAAD " ADJIMI " C.I.N : J 38759 née en
1929. Elle habitait à hay lekhiam n° 75 à Agadir.
C'est une femme d'origine sahraouie elle est venue à Agadir en
1949 avec ses 2 enfants pour chercher du travail. Le 3ème reste
au Sahara à Laayoune ou il réside jusqu'à aujourd'hui.
Elle était illettrée mais très consciente et pleine
de sagesse et de bonté, elle était aimée et estimée
par tout le monde.
Le jour de son enlèvement était le Mercredi 4 avril 1984,
elle avait 55 ans et souffrait d'asthme. Ce jour là était
un jour malheureux pour moi ainsi que pour toute ma famille. Surtout
pour moi, c'était ma grand-mère paternelle et en même
temps ma mère adoptive. Elle était mon idéal et
toute ma vie, j'étais trop attachée à elle, j'ai
dormi à ses côtés durant 23 ans, jusqu'au jour de
son enlèvement. Ce jour là vers 16h, notre porte a été
heurtée d'une façon violente à tel point que tout
le monde chez nous a sursauté, une parente venue de Smara a été
ouvrir la porte, elle s'est trouvée devant deux flics habillés
en civil, ils se sont présentés comme de la police et
ont demandé si madame Fatimatou est là ? Ils se sont enfilés
dans la maison sans attendre la réponse et se sont dirigés
vers la chambre de la maman, comme s'ils avaient le plan de notre maison
en détail. Amma (c'est le surnom par lequel je l'appelais) était
assise sur son tapis, elle venait de terminer sa prière. Ils
s'adressent à elle : " vous êtes madame Fatimatou
ment Ahmed Salem Baâd ? " Elle leur répondait oui
! Un de ces flics lui demande d'ouvrir son placard, là ou il
y avait ses caisses où elle gardait ses propres choses. Les flics
commencent à fouiller. A un certain moment ils trouvent une photo
à moi au lycée, habillée à l'européenne.
Le flic s'est adressé à moi : " C'est toi ? ".
Je lui a répondu oui. Il m'a dit " on s'excuse, on a des
instructions d'arrêter votre maman et elle n'a qu'à nous
accompagner, et dis-lui de bien s'habiller et de prendre avec elle sa
carte d'identité " ; Je lui réponds qu'elle est à
jeun et lui demande si je pourrai lui apporter son petit déjeuner.
il me répond" avec plaisir ". Dès qu'ils terminent
la perquisition, ils demandent à ma mère d'aller avec
eux. Elle était bien habillée bien et portait un grand
voile sur ses épaules, elle a retiré de son avant bras
deux bracelets en or qu'elle portait et me les a donné je les
ai jeté contre le mûr en pleurant à chaude larmes
et je lui disais : " Je sens te perdre maman et je n'aurais rien
de plus précieux que toi dans le monde entier, je ne veux pas
d'or puisque tu vas nous quitter à jamais". A ce moment-là
je me suis rappelé la souffrance des sahraouis qui habitent au
Sahara Occidental depuis 1975 dès qu'une famille perd un membre,
le sort de ce dernier reste inconnu. Alors j'étais sûre
de sa disparition définitive. Nous n'avons plus jamais eu de
ses nouvelles.
Revenons un peu à notre situation, au moment
où les flics étaient chez nous, nous étions des
femmes seules effrayées, choquées, on ne pouvait bouger
ni non plus parler. C'était une immense catastrophe pour la famille.
Parlons un peu d'Amma - car elle mérite de ne
pas être oubliée - Elle était la responsable de
la maison puisque mon père est absent, parti immigrer en Hollande
.Chez moi nous étions moi, ma mère propre, ma sur
et mes trois frères et bien sûre Amma c'est elle qui est
chargée de notre éducation, des dépenses de tout
ce qui nous concerne, elle était une source de tendresse et d'amour
pour nous, elle a joué même le rôle du père
pour nous tous. Elle était tellement puissante, autoritaire et
conservatrice puisqu'elle essayait de nous élever dans une situation
typiquement sahraouie bien que nous vivions à Agadir. Chez nous
elle exigeait que nous parlions seulement le dialecte sahraoui c'est
à dire le Hassania pur, aussi notre mode de vie et notre façon
de s'habiller comme si on vivait dans un Sahara minimal au sein d'Agadir.
Vraiment c'est une vraie sahraouie et elle nous conseillait toujours
de bien étudier et de bien garder nos coutumes sahraouies parce
qu'elle était convaincue qu'un jour ou l'autre nous retournerions
au Sahara.
En fin son enlèvement n'a rien à voir
avec la politique parce que comme j'ai signalé que c'était
une femme illettrée âgée et malade, mais seulement
à cause de son origine sahraouie, à cause de ses qualités
superbes de vrais sahraouis honnêtes et à cause de sa sympathie
avec tous les sahraouis. Croyez moi que depuis son enlèvement
ma vie était tellement bouleversée à cause de l'amour
que je prouve pour elle et je le sens encore je n'arrête à
penser à son sort, j'ai même nommée ma fille aînée
de son prénom. Si elle est encore vivante elle doit avoir 73
ans dans des conditions sanitaires déplorables sachant que les
autorités marocaines ne nous ont jamais parlé d'elle d'une
façon officielle, malgré que mon père et mon oncle
qui habitent en France ont fait beaucoup de tentatives en envoyé
des correspondances, au cabinet royal, au Président du Parlement
à l'époque Jallal Said et au ministre de l'intérieur
mais en vain. Mon père aussi a visité Laayoune après
le transfert d'Amma dans cette ville, la première semaine de
son enlèvement. Il a contacté le gouverneur à l'époque
Salah Zemrag. Ce dernier a dit à mon père " je vous
avertis il ne faut jamais parler ni demander à propos de cette
criminelle qui est votre maman " ! ! ! Imaginez-vous qu'elle insolence.
UP
Sur sa propre disparition, elle raconte :
Je suis une femme sahraouie née à Agadir
le 28/05/1961. En 1985 j'ai terminée ma formation de technicienne
en Agriculture et j'ai été affectée à la
direction provinciale de l'agriculture à Laayoune en juillet
1986.
Pour moi le vendredi 20 novembre 1987 était
un jour inoubliable au sein de mon travail vers 15h30 le responsable
du service du personnel venait me voir il m'a dit " Il y a des
gens à mon bureau qui te cherchent tu dois aller les voir ".
J'ai trouvé deux hommes habillés en civil et l'un deux
m'a dit nous sommes de la sûreté nationale, et nous voulons
que tu nous accompagnes pour quelques minutes, je leur dis " je
veux aller à mon bureau pour prendre mon sac " ils m'ont
répondu " Ce n'est pas la peine tu vas revenir bientôt
". Je les ai accompagnés, devant le portail il y avait une
Land-Rover un flic me dit : " tu peux te mettre derrière
". Dès que je suis montée derrière, le flic
a pris un torchon âpre au toucher et il m'a bandé les yeux
en ce moment là je me suis dis ce n'est pas une question de quelques
minutes mais c'est un enlèvement pareil à celui de ma
grand-mère et des centaines de sahraouis depuis 1975 .
Arrivée à la geôle dans la caserne de CMI toujours
les yeux bandés j'ai entendu beaucoup de bruit des cris de détresse
pas loin de l'endroit ou j'étais. Dans quelques minutes des gardiens
m'ont guidé vers la salle d'enquête, celle là était
une salle de torture et pas d'enquête. J'étais effrayée
surtout avec la sensation de yeux bandés, le vacarme qui règne
partout, les cris épouvantables des enquêteurs étaient
partout dans cette salle. Vraiment c'était une situation psychique
délicate. Après l'interrogatoire les tortionnaires m'ont
déposée sur un banc après avoir attaché
les mains et les pieds une fois allongée sur le banc auquel j'étais
attachée avec une corde rugueuse . Un bourreau à côté
de mes pieds et un autre à côté de ma tête,
le premier n'a pas cessé de me donner des coups de bâtons
sur les plantes des pieds l'autre mettait un chiffon imbibé de
saleté et de détergent il versait cette solution sur le
chiffon à tel point que je sentait comme si c'était un
étouffement par noyade en ce moment là le flic se trouvant
près de ma tête me giflait pour que je puisse respirer
de nouveau, en même temps l'enquêteur m'interrogeait en
me menaçant d'autres styles plus pénibles de tortures
si je ne leur racontais pas la vérité. Cette torture corporelle
a commencé presque à 17h jusqu'à 22h le 20/11/87.
Puis ils l'ont repris à minuit jusqu'à presque 3h30 le
21/11/87- la précision du temps d'après ce que je les
entendais dire - là où j'ai presque perdu conscience et
j'ai commencé à raconter n'importe quoi. La deuxième
reprise de la torture les bourreaux ont utilisé avec moi d'autres
méthodes comme le poulet rôti et le courant électrique
et ils m'ont menacée de lavage de cerveau . Vraiment tout ça
était effrayant .
Ils ont encore repris avec moi et ils se sont basés en grande
partie sur la torture psychique, les gifles les coups de pieds
surtout.
Mon groupe a été tout arrêté le 21/11/87
.
Le dimanche 22/11/87 ils nous ont transférés à
une caserne au bon lieu de la plage de Laayoune. A ce moment il m'est
arrivé une anecdote : Quand la Land-Rover s'est arrêtée
j'ai entendu les vagues de la mer, les gardiens nous ont ordonné
de descendre, dès que j'ai posé mes pieds sur le sable
de la plage j'ai pas pu marcher avec mes sandales à cause des
coups de bâton que j'ai reçus sur les pieds j'ai laissé
tomber mes sandales et un des policiers a fait attention à moi,
il m'a dit : " Porte tes sandales " J'ai répondu "
Ce n'est pas la peine puisque vous allez nous enterrer ici " Croyez-
moi qu'en ce moment là j'ai pensé aux détenus sahraouis
qui ont été enterrés vivants en brousse, moi aussi
j'ai pensé à ça, le flic m'a dit : " Non sois
tranquille ce n'est pas encore le moment " il m'a donné
mes sandales et j'ai commencé à tirer mes pieds jusqu'à
la prison d'Elbir.
Une fois dans la geôle j'étais très
effrayée épuisée dans une situation critique. C'est
à ce moment là qu'a commencé la torture des gardiens
habillés en uniforme, nous étions 17 femmes dans une pièce
de 2mx2m, l'autre pièce était de même dimension
où ils y avaient presque 70 hommes les uns sur les autres d'après
ce qu'il m'a raconté mon mari ensuite. Mon groupe a passé
une semaine dans cette caserne, une semaine d'enfer pleine d'horreur
de faim de soif et de manque de sommeil, nous les femmes nous passions
la moitié de la nuit debout sur un pied même les âgées
avec nous . Ces sadiques n'avaient pas de pitié, nous ne pouvions
plus différencier le jour de la nuit. On a perdu l'un de nos
camarades dans le même lieu sous la torture c'était Mohamed
El Khalil Ayach et chacun de nous attendait son râle c'était
l'impression que nous avions. J'ai considéré cette semaine
comme des années et des années. J 'ai pensé beaucoup
aux sahraouis qui m'ont anticipés, j'ai pensé trop à
ma grand-mère -Amma - la vieille femme parce que c'était
difficile pour moi de supporter cette situation à plus forte
raison une vieille femme malade comme elle. J'avais pensé à
ma mère, mon père, mes frères et à tous
mes amis(es) intimes et à chaque fois je prie Dieu pour qu'il
m'offre de la puissance pour que je puisse surmonter ces conditions
terribles. Effectivement jour après jour j'ai commencé
à me consoler grâce à ma croyance en Dieu et en
la légitimité de ma cause. Cette semaine passée
sans enquête mais il y avait le très mauvais traitement
des bourreaux gardiens dans une atmosphère de peur et d'humiliation.
Une fois retournés à la caserne de CMI à Laayoune,
les enquêteurs ont repris l'enquête durant quelques jours
dans les mêmes conditions qu'auparavant. Ensuite a commencé
ma vie quotidienne dans cette geôle ; elle était composée
de quatre pièces sans portes de 3 m2 et la cinquième de
1,5 m x 4,5 m et un couloir au long des quatre pièces de 12m
x 1,5m. Les femmes nous étions 14 dans la petite pièce
et 3 au couloir. Après 2 mois et 26 jours 8 femmes et quelques
hommes ont été libérés. A ce moment là
les gardiens ont donné l'occasion aux détenus de se laver
parce qu'ils ne savaient qui allait sortir. Moi quand j'ai essayé
de laver mes cheveux je les ai presque perdu à cause des solutions
utilisées pendant la torture surtout la solution de l'eau salée
et du soufre et puisque j'ai jamais brossé ni lavé mes
cheveux durant cette période ma chevelure a été
brûlée.
UP
Revenant un peu sur ma situation à l'intérieur
de la geôle, durant presque 4 ans j'ai mené une bataille
contre ces gardiens pour la survie et l'existence et de droits, malgré
ma croyance en Dieu et en ma cause, les conditions étaient vraiment
difficiles surtout au point de vue sanitaire, alimentaire et propreté.
Nous vivions dans la geôle qui se situe sur la rive sud de oued
Essaguia El hamra c'était un milieu très humide, surtout
notre première année elle était pluvieuse ce qui
a favorisé le développement de la tuberculose au sein
de la geôle plus la sous alimentation et la malnutrition basées
sur des légumes infectés d'insectes, pas d'hygiène
Ces années de détention étaient vraiment insupportables.
Pour nous les femmes les périodes des règles étaient
pénibles, nous n'avions pas de serviettes pour changer les gardiens
nous permettaient d'aller aux toilettes selon leur guise et on était
obligée de laisser nos déchets avec nous durant des heures
et des heures. Les gardiens restaient la plupart du temps ailleurs.
Parce que ça sentait très mauvais à l'intérieur
et ils faisaient des sauts de temps en temps pour voir s'il y avait
quelqu'un qui parle avec son camarade ou pour surprendre quelqu'un entrain
d'enlever le bandeau de ses yeux. Pour nous punir sans pitié,
durant ces petites visites ils nous lançaient des gros mots humiliants
et immoraux. Pendant la nuit les gardiens ne cessaient pas de donner
de violents coups de matraque sur la porte en acier de la geôle
et ils criaient à haute voix et tous ces vacarmes nous rendaient
malades psychiquement . Au bout d'une année on n'avait plus d'habits,
nous avions commencé à réclamer quelques droits
par exemples : avoir des vêtements prendre des douche, laver nos
vêtements, et s'exposer au soleil au début les responsables
riaient et nous disaient : " Vous croyez que vous êtes chez
vous ou quoi ? "
Ils ont finalement accepté de nous laisser de temps en temps
laver nos vêtement avec de l'eau salée et froide surtout
pour les femmes.
J'étais connue parmi les scandaleux de la geôle j'avais
des disputes presque quotidiennes avec quelques gardiens. Une fois vers
la fin de la troisième année de notre détention
, si je me rappelle bien c'était un samedi le 19/10/90 un gardien
m'a giflée j'ai enlevé la bande qui était sur mes
yeux et je l'ai jeté en lui rendant la gifle, il a été
fou de rage et il a commencé à me frapper par tout sur
mon corps, j'ai regagné ma place. Après une heure presque
le responsable est venu parler avec moi il m'a dit : " Pourquoi
tu as giflé un agent de la police ? " Je lui ai répondu
: " C'est lui qui m'a giflée le premier et j'ai perdu ma
patience " Il m'a dit : " Tu vas payer cher ". Effectivement
il a donné l'ordre au gardien de me menotter les mains derrière
le dos et ils m'ont isolée dans une cellule individuelle dans
la salle d'enquête un peu loin de la geôle. Alors mes camarades
ont décidé de mener une grève de faim pour que
je puisse revenir chez eux . Le lendemain dimanche 20/10/90, le colonel
de la caserne est venu me voir et il m'a donné un coup sur le
dos (j'avais encore les mains menottés) et il m'a dit : "
Et toi chienne de Polisario tu vas voir ". Dans un bref moment
le gardien a donné l'ordre à un gros chien policier de
me mordre. Le chien a sauté sur moi et il m'a griffé sur
le bras et je garde jusqu'au maintenant sa cicatrice. J'ai lancé
un cri effrayant le colonel s'est dirigé vers la geôle
, il a dit aux camarades: " vous ne voulez pas arrêter cette
grève de faim ? ". Il a donné l'ordre aux gardiens
avec des chiens policiers qui ont commencé à attaquer
mes camarades en les obligeant à manger. J'ai bien entendu les
cris des femmes et des hommes et j'ai nommé ce jour là
le dimanche sanglant, parce que ces chiens ont laissés beaucoup
de blessures saignantes sur les camarades sans qu'ils soient soignés.
J'ai passé 32 jours dans cette cellule individuelle, c'était
difficile pour moi et pour mes camarades, finalement je les ai rejoints.
J'ai assez de souvenirs mauvais et bons que le moment et la situation
ne me permettent pas d'en parler.
Ce qui m'a touché de plus durant ces presque quatre années
c'est la disparition d'Amma et aussi la situation de mes parents et
de mes frères mineurs qui ont été choqués
deux fois, une fois lors de la disparition de notre grand-mère
et la seconde fois à ma disparition. Quand à moi en général
j'avais un beau moral j'ai bien pu m'adapter avec les conditions de
bagne et je me suis convaincue que c'est mon destin et je n'ai que vivre
jour par jour sans penser plus loin.
A cette occasion, je lance un appel et un cri douloureux
à toutes les organisations concernant les violations des droits
de l'homme et en particulier aux comités qui s'intéressent
au sort des disparus sahraouis afin qu'ils fassent des interventions
sérieuses auprès du gouvernement marocain pour qu'il mette
fin aux souffrances des familles sahraouies depuis 1975. Il faut qu'il
n'oublie pas que nous sommes des êtres humains et que nous avons
des sentiments sensibles et que nous voulons savoir la réalité
sur le sort de nos disparus. Il faut alerter la communauté internationale
et à la mission des Nations Unies pour le referendum au Sahara
Occidental (MINURSO) pour qu'elle prenne une décision claire
envers les violations de droits fondamentaux des sahraouis au Sahara
Occidental et obligent le gouvernement marocain à mettre fin
à ses crimes contre l'humanité. Je profite de cette occasion
pour rendre hommage à tous ce qui soutiennent les droits de l'Homme
et les encourage à poursuivre leur noble action jusqu'à
ce que les droits de l'Homme soient respectés dans le monde entier.
Finalement nous prions tous ceux qui s'intéressent
à la défense des droits de l'Homme de faire tout leur
possible pour éclaircir le sort de tous les disparus et détenus
en suspens avant le terme du referendum.
Enfin, veuillez agréer, chers(es) amis (es)
nos vux les plus sincères de meilleurs et de grands succès
et nous vous remercions de tous les efforts que vous faites pour notre
cause.
Laayoune, le 14/12/02
UP
AMINATOU
HAIDAR
Je suis une jeune sahraouie, ancienne disparue, je m'appelle AMINATOU
ALI AHMED HAIDAR,née en 1967.
Ma vie s'est brusquement arrêtée le 21 novembre 1987 à
Laayoune Sahara Occidental.
Au petit matin, à l'heure des nuits blafardes, des lumières
glauques et des mauvais rêves ! J'étais avec un groupe
de plus de 70 personnes dont 17 femmes nos âges variaient de 17
à 70 ans. Nous avons été enlevées par des
policiers marocains en civil à la veille de la visite d'une commission
technique des Nations Unies. Mon groupe a désormais un nom celui
de " LA COMMISSION ".
A l'âge de 20 ans commence alors mon long voyage au bout de l'enfer.
D'abord dans le lieu secret PC CMI (Compagnie d'Intervention Mobile)
à Laayoune. Mon corps n'est plus qu'un amas de chair et d'os
attaché à une planche, la tête en bas, mains et
pieds bien liés en avant, les policiers commençaient à
pratiquer des méthodes bien organisées et très
calculées. Alors mes bourreaux trouvaient leur gaieté
! Il commençaient à me torturer dés le premier
instant de mon arrivée au lieu spécial pour l'interrogatoire
(torture), ce dernier se fait d'une façon très sadique
: gifles, coups de pied, insultes et menaces de viol
Plus je résistais, plus les méthodes de torture se diversifiaient
et le sadisme atteignait des sommets : chiffons imprégnés
de produits chimiques (les détergents et d'autres produits plus
forts), coups, décharges électriques, douches froides
etc.
Cette situation a duré presque deux jours avant d'être
transférée à un autre bagne secret " caserne
EL BIR ", se trouvant à proximité de la plage de
Laayoune ou j'ai passé toute une semaine dans une pièce
de 2mx/2m (avec 16 femmes), les yeux bandés, muettes, assoiffées,
affamées, éveillées face au mur, la plus part du
temps debout, on restait ainsi jusqu'à un nouvel ordre !!
Après une semaine j'étais reconduit au PC CMI ou j'ai
été soumise à interrogatoire musclé ( torture,
insultes
etc.) durant presque trois semaines.
Apres cet interminable stade, commençait la souffrance qui a
duré presque quatre années : les yeux bandés pour
qu'on perde toute notion du lieu et du temps. Dans des conditions de
vie inhumaines et très insupportables et loin d'être supportables
même pour un animal. Une mauvaise nourriture, pleine de toute
sorte d'insectes, mes vêtements étaient sales, troués,
après toutes ces années, je ne pouvais même pas
me laver !!
Entres autres, les poux, les diverses maladies. Justement deux mois
après ma détention, j'ai souffert d'une allergie cutanée
et conjonctive à cause de saleté. Après six moi
j'ai commencé à souffrir du colon et de l'estomac, ce
qui m'a causé des douleurs des hémorroïdes qui m'ont
fait beaucoup souffrir jusqu'à ce que je sois opérée
en Juillet 1994. A propos je porte à votre connaissance que j'ai
été aussi opérée en 1991 (juste après
ma libération) à cause des maux douloureux au niveau de
dos dont je souffre toujours. Malgré le fait que ma santé
nécessite de très profonds soins, je reste toujours sans
passeport, les autorités marocaines refusent de me le délivrer,
son numéro est le suivant : DE 178 702 il m'a été
retiré par la police lors de mon enlèvement.
En outre, lors de mon arrestation je préparais mon bac en sciences
expérimentales (j'étais d'ailleurs brillante), j'ai été
arrêtée sans être jugée.., seulement parce
que je portais des principes auxquels je m'attache toujours, comme ça
et tout simplement j'ai pas pu continuer mes études, que je souhaitais
les poursuivre jusqu'à réaliser mes rêves pour garantir
mon avenir
mais les autorités marocaines ont voulu qu'il
en soit autrement et j'ai été alors déçue.
Le 19 JUIN 1991 est le jour de ma libération. Premier jour de
l'été et fête de la musique ailleurs. Je suis libérée,
je n'étais plus que l'ombre de moi même. Un fantôme,
un mort vivant, une jeune fille sortie d'un enfer sans nom !
Aujourd'hui, je vis toujours mal après CMI,
plus que dix années ont passées, et je me sens toujours
à la marge de la vie, la société, c'est comme si
je n'avais pas été réhabilitée, surtout
lorsqu'il m'arrive de croiser dans la rue l'un de mes anciens tortionnaires,
ces derniers je les rencontre quasi quotidiennement dans la circulation.
Dernièrement, exactement le 21/11/2002 (15ème anniversaire
de mon arrestation), un policier de la circulation m'a stoppée
à 8h30 du matin sur mon trajet vers l'école de mes enfants.
Il m'a demandé des renseignements en dehors de ses fonctions,
j'ai complètement refusé de lui répondre, après
un long dialogue, il m'assuré qu'il a des instructions de m'arrêter
et ce depuis quelques jours, c'est à dire après le départ
de nos deux amies " Michèle Decaster et Afifa Karmous ",
j'ai décidé alors de déposer une plainte ayant
le N°suivant : 148/ 25-11-2002. .
Je tiens à tirer votre attention que je suis sujet à des
poursuites et des intimidations et je ne bénéficie ni
de soin ni de compensation pour les traitements cruels et dégradants
auxquels j'ai été soumise durant ma détention arbitraire.
Quant à l'indemnisation, j'oppose la vérité, toute
la vérité parce que mes blessures sont toujours inscrites
dans ma mémoire !
Finalement, j'aimerais bien vous affirmer que depuis 1975 et en l'absence
de toute médiation à l'échelle international, les
différentes composantes des forces de sécurité
au Maroc (DST, RG, PJ,FAR
) ont procédé à
des agissements illégaux au Sahara occidental, qui ont consisté
à des suites d'enlèvement, d'arrestation et d'intimidations.
Ces campagnes répressives ont ciblé des personnes innocentes
des deux sexes et de différents âges. A ce jour le sort
d'un grand nombre de sahraouis est inconnu
!
Enfin les autorités marocaines ont entamé ce troisième
millénaire avec un nouvel aspect d'enlèvements, en procédant
à des procès expéditifs contre des innocents sahraouis.
Chers(e) amis(e), en vous adressant ce témoignage, je souhaite
à travers vous, mettre l'opinion publique au courant de notre
situation déplorable, espérant que vous ferez pression
sur les autorités marocaines afin d'aboutir à un règlement
sérieux, objectif et concret du dossier des droits de l'homme.
A cette occasion, je lance un appel urgent à la Communauté
Internationale et à la Mission des Nations Unies pour le Référendum
au Sahara Occidental (MINURSO) pour prendre une décision claire
envers les violations des droits fondamentaux des sahraouis aux territoires
du Sahara sous la responsabilité marocaine, qu'elles exigent
du gouvernement marocain qu'il mette fin à ces crimes contre
l'humanité.
Je profite cette occasion pour rendre hommage à tous ceux qui
soutiennent les droits de l'homme, et les encourager à poursuivre
leur noble action, jusqu'à ce que les droits de l'homme soient
respectés dans le monde.
Avant d'achever ce témoignage, je prie tout ceux qui s'intéressent
à la défense de droit de l'homme, de faire tout le possible
d'éclaircir le sort de tous les cas de disparus et détenus
en suspens avant la tenue du referendum.
En fin, veuillez agréer chers(e) amis(e), mes vux les plus
sincères de meilleurs et du grand succès, et je vous remercie
de tous les efforts que vous faites pour notre cause pour laquelle je
suis prête à sacrifier ma vie en dépit de tout obstacle.
Aminatou Haidar
Laayoune le 12/12-2002
UP
MAHJOUB
OULD CHEIKH BEN MOHAMED FADEL BEN BIDA
Je m'appelle MAHJOUB OULD CHEIKH BEN MOHAMED FADEL
BEN BIDA, je suis né en 1965 à Dakhla au Sahara Occidental.
J'avais trois frères et une mère, il me reste mon père
et mes deux surs. Mon frère aîné Cheikh a
été fait prisonnier par l'armée mauritanienne pendant
l'invasion du sud du Sahara en 1976. En 1980 il est remis au Front Polisario.
Il participe à la guérilla contre le Maroc, et meure en
1982 lors de la bataille de Smara. Selon les rumeurs Cheikh aurait eu
un fils qui vivrait à Tindouf dans les camps de réfugiés,
mais nous n'en savons pas plus.
Mon deuxième frère, ABDEL JILIL est né
en 1960, il était homme de ménage au titre de la promotion
nationale et travaillait dans la maison d'un colonel. En préparation
de la visite officielle du Roi Hassan II à Dakhla, le 4 mars
1980 des marchandises ont été acheminées par bateaux.
Des agents municipaux se sont présentés
chez nous, avec une personne qui travaillait avec mon frère Ahmed
ould Karreb( mort il y a trois an des suites de l'explosion d'une mine).
Ils ont dit à Abdel qu'ils avaient besoin de lui pour décharger
la marchandise des bateaux au port de Dakhla. C'était un dimanche.
Abdel Jilil les a suivi, il était 7 heures. A 11 heures, une
de ces personnes nous a informés que mon frère avait été
victime d'un accident provoqué par une grue et qu'il avait été
transporté à l'hôpital militaire.
Nous nous sommes tous précipités à
l'hôpital. Mais l'entrée était interdite par des
officiels dont le gouverneur et le pacha de Dakhla, les responsables
de la DST et de la gendarmerie.
Nous avons attendu devant l'hôpital. A 15 heures, on nous a informés
que mon frère avait quitté l'hôpital et qu'un avion
militaire l'avait évacué vers l'hôpital Souissi
à Rabat. Nous ne savions pas alors où se trouvait Rabat,
nous n'avions jamais voyagé. Nous n'avons pas retrouvé
mon frère. Nous avons continué à le chercher. Les
autorités nous répondaient parfois que Abdel Jilil était
soigné en France, d'autres fois qu'il était à Rabat.
En 1984, les autorités de la willaya nous ont
ordonné de leur remettre notre livret de famille. Lorsqu'il nous
a été rendu, mon frère apparaissait comme étant
décédé à Dakhla en 1980.
Quel médecin a-t-il constaté la mort de mon frère
? Quelles ont été les circonstances de sa mort ? Pourquoi
nous a-t-on dit qu'il était blessé et soigné ?
Dans quelle terre repose-t-il ?
Pourquoi sont-ils venus chercher mon frère ? Pourquoi la marine
royale marocaine avait elle besoin de Abdel Jilil ? Qui va nous répondre
?
Nous avons écrit à toutes les autorités
marocaines. La gendarmerie nous a répondu qu'elle ne pouvait
enquêter à l'hôpital militaire et à la promotion
nationale, car les archives ne sont pas conservées au delà
de dix années. Mon père et moi avons été
convoqués il y a quelques mois au commissariat de la police judiciaire.
Ils nous ont interrogés sur nos démarches devant le Conseil
Consultatif des droits de l'Homme pour faire reconnaître la disparition
de mon frère. Ils nous ont menacés. Aucune réponse.
J'ai été arrêté le 14 août
1980 avec d'autres Sahraouis et emprisonné à la prison
El Rahib pendant huit mois, d'autres y sont restés 11 années.
A ma sortie j'ai retrouvée une mère malade, en état
de choc, terrorisée. Elle ne parlera plus jusqu'à sa mort
en 1982 à Laayoune, intervenue trois mois après le décès
de mon troisième frère.
En 1989, j'ai été arrêté
une nouvelle fois, aux environs d'Oujda au Maroc et emprisonné
dans une caserne pendant un mois et demi. J'ai ensuite été
transféré à Derb Moulay Chrif à Casablanca.
Pendant plusieurs mois j'y ai subi des actes de torture.
Ma dignité a été violée parce que l'on me
reprochait d'avoir essayé de rejoindre le Front Polisario. On
m'a ensuite transféré dans une caserne à Laayoune,
j'y suis restée un mois. Puis, au PC-CMI à Dakhla, j'ai
été de nouveau torturé pendant 16 jours. Le 16
février 1990 j'ai été libéré.
J'ai perdu l'emploi que j'occupais dans l'administration
à Fez. Je suis un paria, on m'a déchu de fait de tous
mes droits. Je ne peux faire aucune démarche administrative.
La police qui me persécute quotidiennement m'a prévenu
: " ne te fatigue pas tu n'as aucun droit ".
Mon passé est dévasté, mon présent
est confisqué.
Je demande que les circonstances de la disparition de mon frère
Abdel Jili soient élucidées et que les responsables répondent
enfin de leurs actes.
J'ai un petit garçon de 3 ans et demi, je voudrais que sa vie
soit légère.
Dakhla le 3 novembre 2002.
UP
ASKARANE
MOHAMED
Il est chômeur, père de 2 garçons de 5 ans et 6
mois, il n'a pas accès à la promotion nationale. Il s'exprime
parfaitement en français et décrit avec calme et sans
acrimonie, le raffinement des méthodes policières marocaines
que d'autres anciens disparus ont du mal à revivre ainsi.
Il est arrêté à son domicile de
Tan Tan le 3.3.1981 à 1h du matin par 5 policiers dont 1 commissaire
et 1 officier d'Agadir accompagnés de l'inspecteur sahraoui KORI
MOHAMED BRAHIM.
" Ils m'emmènent au commissariat mains attachées
dans le dos. On me déshabille, je reste debout, les yeux toujours
bandés. On me fait entrer dans une pièce où il
y a un courant d'air et on verse sur moi le contenu d'une bouteille
d'eau. Je dois rester ainsi avec les consignes suivantes : ne pas dormir,
ne pas s'asseoir, ne pas appuyer sa tête au mur. Il reste ainsi
sans manger, boire et fumer. Au bout de 24 heures je commence à
délirer. Je tombe et perds connaissance. Je me réveille
en sentant comme des fourmis dans le dos ce sont des coups de bâton,
on me dit " lève-toi ". Je m'évanouis de nouveau.
Quand je reprends connaissance je suis allongé sur le dos sur
un banc qui m'arrive au milieu du dos, je suis enroulé dans une
bâche serrée à l'aide d'un lien (je crois que c'est
du fer). Je ne sens plus mon bras. Nouvel évanouissement. Quand
je reprends connaissance un infirmier me fait une piqûre et me
donne du sirop. Je suis reconduit auprès des autres sahraouis
arrêtés. En parlant avec eux j'apprends qu'il y a 6 jours
que je suis ici. Je me rappelle alors les décharges d'électricité
sur le corps, mon maillot imbibé d'eau savonneuse que l'on me
mettait sur le visage et qui sentait mauvais. Je suis resté enfermé
27 jours dans une cellule avec les autres. Nous n'avions pas de visite
de la famille, pas de sortie dehors.
Nous avons été transférés à Agadir.
Notre groupe comportait 13 hommes et 1 fille de Tarfaya.
Durant 3 mois nous avions pour toute nourriture : 1 pain par jour et
un seau d'eau à nous partager (où ils ont mis je crois
du grésil durant 18 jours). C'était impossible de rester
debout, on tombait d'épuisement. Alors on a fait une grève
de la faim durant 3 ou 4 jours. Le Commandant de police nous a alors
donné ½ pain en plus et un peu de riz avec des pois-chiche.
La fille était isolée avec une vieille femme qui est devenue
folle, elle était couverte de vermine et criait toujours des
slogans indépendantistes. Ils ont séparé les hommes
en 2 groupes.
Après 3 mois, une nuit à 20h ils ont amené une
remorque et nous ont fait sortir 1 par 1, mains attachées au
dos, bandeaux sur les yeux. "Ah, vous étiez habitués
à l'hôtel, maintenant vous allez voir
" on a
roulé toute une nuit dans la montagne. Vers 6 ou 7h le camion
s'est arrêté, il a fait marche arrière pour entrer
dans un quartier militaire. Un autre camion s'est approché en
marche arrière aussi. Les policiers nous ont enlevé les
menottes, des militaires nous ont mis un turban par-dessus le bandeau
en nous écrasant les yeux. Ils nous ont attaché les mains
derrière le dos avec une corde qui nous entrait dans les chairs,
nos mains ont gonflé. Ils nous attachaient aussi les pieds et
se sont mis à deux pour nous prendre et nous jeter les uns sur
les autres dans l'autre camion. Des gens criaient, croyaient qu'ils
allaient mourir. Nous partons et roulons 3 à 4 heures, les poux
et les puces de la vieille femme nous courraient dessus, on en avait
plein la tête. Nous arrivons dans un quartier où nous sommes
jetés à terre. Les cordes qui sont longues se coinçaient
sous les corps, certains tombaient sur la tête, d'autres restaient
suspendus au bout de corde attachée à une personne encore
dans le camion, ce qui serait encore plus fort les liens. En regardant
sous mon bandeau j'arrive à apercevoir un sol très noir,
comme un désert vierge. Je pensais qu'ils allaient nous fusiller.
On nous détache les pieds. On nous prend par les bras pour nous
faire avancer pendant ce temps un autre nous frappe dans le dos pour
nous faire courir ; on croit que l'on va être jetés dans
un trou car ça descend. On nous jette les uns sur les autres.
On nous enlève les turbans et le bandeau. Nos yeux sont meurtris,
d'abord on ne voit rien.
Il y a une table avec des militaires qui nous interrogent (je te dessine
les lieux : la cour carrée qui fait environ 10m de côté,
la table est dans le coin en haut à droite, les cellules tout
autour, c'est dans celle d'en face qu'ils nous mettront). C'est le château
Glaoui à Agdez.: " Ton état-civil ? qu'est-ce que
tu as sur toi ? " on nous fouille en nous arrachant nos ceintures,
nos pantalons tombent sur nos jambes. Ils nous remettent les bandeaux
et nous dirigent vers les cellules à coups de bâton. Si
on tombe (les pantalons sont à nos pieds) on nous projette dans
l'autre sens. Le dernier des gardes qui se trouve à l'entrée
de la cellule nous y fait entrer d'un dernier coup de pied. On s'écroule,
épuisés de fatigue et de faim. On nous détache,
chacun reçoit un verre et une assiette métalliques "
il ne faut penser qu'à ça, ce sont tes yeux " nous
dit le garde. 7 à 8 militaires arrivent avec des bâtons
d'olivier et de tarfa. Quand ils ouvrent la cellule nous sortons. Alors
ils nous frappent en disant qu'il faut attendre l'ordre. La fois suivante
nous attendons, alors ils nous frappent en disant qu'il faut sortir,
ainsi de suite, ça change tout le temps.
Nous sommes 8 par cellule, elles n'ont aucune aération, aucune
lumière ne filtre même en plein jour. C'est plein de toiles
d'araignées, ça sent mauvais comme s'il y avait eu des
animaux. C'est un trou où il fait une chaleur irrespirable. Nous
enlevons nos maillots. Pour ouvrir la porte, les gardes se servent d'un
bâton pour être le plus éloigné de cette véritable
fournaise qui leur saute au visage.
En passant devant les autres cellules nous voyons des sandales ce qui
nous fait penser que des femmes et des hommes sont déjà
ici.
Au bout d'un mois les gens tombent. Des taches apparaissent sur nos
genoux, on n'arrive plus à étendre les jambes. Tout notre
corps est sensible on ne peut plus le toucher, nos mains et nos pieds
sont paralysés. On ne peux plus être conduits au toilettes,
les gens crient quand on les touche. Chez les femmes c'est pareil.
C'est l'époque où Hassan II a dit qu'il accepterait le
référendum. Alors le régime s'améliore un
peu : un docteur est venu et nous a fait une prise de sang. Ils se sont
aperçu qu'on manquait de vitamines
Alors on a eu 2 dattes
par jour et une ½ orange. Après 5 à 6 jours, chacun
a pu de nouveau bouger ses membres.
Quand l'hiver est venu on avait tellement froid qu'on découpait
les couvertures pour s'en faire des chaussettes. 40 personnes qui avaient
été ici avant nous y sont mortes.
Après nous avons été transférés à
Galâat M'Gouna.
A la question : " comment après tant de
martyrs subis, n'êtes-vous pas tombé dans la sauvagerie
à votre tour ? comment comprendre la beauté et la douceur
de Ghalia, Minetou, rencontrées à Laayoune, le calme de
Khadir, Kenti, Mahmoud et les rires de Brahim qui vivent en France ?
Raconte-moi ce qui vous faisaient rester des êtres humains."
Son visage s'éclaire, il explique :
" On a fait des choses extraordinaires en prison, surtout la dernière
période à Galaat M'Gouna. On communiquait avec les autres
cellules en s'approchant des murs et en mettant les couvertures sur
celui qui parlait (on n'avait pas le droit de parler à haute
voix). Dans les cellules on organisait notre emploi du temps à
partir de toutes les compétences des uns et des autres : celui
qui connaissait l'espagnol l'apprenait aux autres et il allait au cours
de français, les tableaux c'était l'envers de nos tee-shirt
où l'on écrivait avec des morceaux de savon ; quand les
gardes entraient, on les enfilait
On a fait des revues avec les
morceaux de papier d'emballage du sucre pour le thé, on a fait
une guitare avec un carton et des fils de nylon tirés des vêtements
qui nous venaient d'Europe. Le jour des fêtes nationales, on organisait
une cérémonie : on essayait de s'habiller avec des vêtement
semblables, on mettait un bandeau sur le front, on hissait une sorte
de drapeau, il y avait ceux qui défilaient et ceux qui étaient
les officiels
(rires). On a fait du théâtre, des
poésies
c'est incroyable. On avait un emploi du temps du
matin 9h au soir, avec une sieste d'une heure l'après-midi. C'est
dommage que l'on n'ait pas pu emporter ça avec nous. Pour prévenir
les fouilles, chacun était responsable de son matériel
et avait trouvé une cachette pour le dissimuler."
On lui demande s'il a eu un suivi médical :
"Où? avec quel argent la paierai-je?"
UP
TÉMOIGNAGE
SUR LA PRISON LOCALE D'INEZGANE
Par le prisonnier politique Ali Salem TAMEK
Je souhaite présenter ce rapport pour témoigner
sur cette maison de détention de très mauvaise réputation
digne des histoires effroyables racontées par les rescapés
des bagnes de Kalaat Meggouna, d'Agdez et de Tazmamarte. Cet endroit,
pourtant classé prison civile, ne peut être décrit
que comme un charnier des morts-vivants.
Auparavant, je n'avais pas la possibilité de mettre à
nu les conditions de détention dans cette prison pour aspirer
au sauvetage des milliers de prisonniers dont le destin les a conduit
pour y passer une partie de leur vie. Mais aujourd'hui, dans les circonstances
actuelles marquées par les changements de l'ordre mondial et
l'intérêt porté au droits humains ainsi que la multiplication
du nombre des catastrophes survenues dans les prisons marocaines et
les m"Hassan H." exploite les conditions dramatiques des détenus,
leur indigence et leur faiblesse matérielle et morale. Il a transf.
Il se met d'accord avec des gens pour acheter "le marché"
et reçoit chaque fin de semaine une redevance de 1000 dirhams.
Les pau cours des deux périodes que j'ai passées dans
cette prison en 1993 (une année entière) et 2002 (du 28/08
au 12/11/2002).
Le lecteur de ce témoignage pourrait croire que je raconte une
histoire relatant la situation des prisons et la torture y pratiquée
du temps de la colonisation étrangère, ou une histoire
fruit de mon imagination ou encore une version exagérée
lorsque je compare la prison d'Inezgane aux centres secrets de détention.
En fait, ce rapport que je mets entre les mains du public et militants
des droits humains ne couvre qu'une partie de la situation de cette
prison. Il consiste à relever les dysfonctionnements dans cet
établissement pénitentiaire à la lumière
des règles types minimales de traitement des prisonniers établies
en 1955 et ratifiées par le Maroc en tant que membre des Nations
Unies, la loi régissant les prisons au Maroc et les décrets
d'application y afférents. Le rapport essaiera de conclure qu'au
Maroc il existe toujours un contraste ente l'existence de lois, aussi
mauvaises qu'elles soient, et l'application de droits et obligations
qu'elles comportent.
La prison civile d'Inezgane est une ancienne construction bâtie
au début des années 30. Selon la population locale elle
était initialement utilisée comme écurie des chevaux
des Français et un lieu où sont mis les sangliers chassés
dans la région. En milieu des années 50, cette construction
a été mutée en prison minable relevant directement
de la Direction des Prisons sans respect des règles d'emprisonnement,
telles l'existence d'un espace suffisant et propice pour dormir, les
toilettes, l'aération, l'éclairage, et les conditions
de vie et de travail.
Cette prison est divisée en trois quartiers:
1 - L'ancien quartier dit "Kachla" est composé de 7
chambres, chacune de 3 mètres de larguer et 5 m de longueur.
Les détenus y sont entassés avec leurs effets nombreux.
En plus de 3 cellules individuelles (cachots): une pour les prisonniers
frappés de mesures disciplinaires, une pour les handicapés
et la dernière pour les homosexuels dont la superficie ne dépasse
pas 1,5x2 m pour au moins neuf personnes avec des chiottes à
découvert.
2 - Le nouveau quartier est composé de 6 chambres d'une superficie
de 12 m² chacune sans aucune ouverture.
2 - La quartier des femmes où se trouvent 2 chambres pour plus
de 120 prisonnières.
Les populations des ces quartiers varient entre 130 et 140 par cellule
dans l'ancien quartier, 90 à 100 par cellule moyenne dans le
nouveau quartier et 10 à 12 dans les cachots. Les cellules sont
dépourvues d'une aération suffisante susceptible d'alléger
les souffrances des détenus causées par l'encombrement
des corps humains, les mauvaises odeurs des gens et des toilettes, les
fumés des tabacs et des drogues ainsi que la cuisine malpropre
de certains prisonniers (petit fourneau, boîtes de lait, boîtes
de sardines). D'où l'existence de maladies graves comme l'asthme,
la tuberculose, les maladies cardiaques ... etc.
En plus de la maison d'arrêt, la prison dispose de locaux de l'administration,
un espace d'accueil des nouveaux arrivés et une petite cour dite
de "promenade" en deçà des besoins du nombre
important des détenus. On y trouve aussi le bureau de l'économat,
une petite bibliothèque mal équipée qui n'ouvre
ses portes que lorsque des responsables y sont attendus, une salle des
visites où manquent les conditions qui respectent les visiteurs
et les détenus, une salle de bain trop étroite pour le
nombre des baigneurs ce qui facilite la transmission des maladies de
la peau et autres (on se baigne généralement avec de l'eau
froide dans les toilettes), et une salle de coiffure avec des outils
complètement étrangers aux règles d'hygiène
(Selon la réglementation internationale en la matière,
on doit mettre à la disposition du prisonnier des locaux de toilette
propres et lui permettre de prendre sa douche avec une eau adéquate
avec la température ambiante suivant les régions, et ce
au moins une fois par semaine).
La traitement des prisonniers est entaché de ségrégation
(suivant l'article 50 de la loi n°23/98: il ne doit pas y avoir
de distinction dans le traitement des prisonniers en raison de leur
race, couleur de la peau, sexe, langue, confession, opinion ou rang
social). Le prisonnier ici est traité suivant l'ampleur du service
présenté à la direction ou les gardes. Tout est
bon pour gagner leur faveur: rapportage, pots-de-vin, clientélisme,
favoritisme. Les trafiquants de drogue, les grands voleurs et les condamnés
pour des crimes odieux s'accaparent la majeure partie des faveurs. Ils
sont désignés chefs de chambre, garde de chambre, garde
toilette et on leur confère la mission de torturer les autres
prisonniers.
Cependant, tout le monde a droit à un "bon" traitement
lorsqu'une visite d'un responsable est pressentie. Celui-ci se contente
malheureusement de constater les conditions sans entendre les doléances
des prisonniers au sujet de leurs conditions de détention. D'ailleurs
les prisonniers ne peuvent pas s'exprimer devant un responsable de peur
d'être punis ou déplacés de force à d'autre
prisons.
Il est à noter à ce propos que suite aux événements
qu'ont connus certaines prisons ces derniers temps, des commissions
présidées par les gouverneurs et Wali des provinces (d'après
les dispositions de la législation pénale marocaine) ont
effectué des visites de certains centres pénitentiaires
mais celui d'Inezgane n'a été visité que par le
procureur général près la cour d'Appel d'Agadir
qui en fait n'était venu que pour s'enquérir de l'état
d'un de ses proches détenu dans cette prison.
L'article 120 de la Loi n°23/98 stipule que l'exercice du culte
religieux est garantie dans la prison ainsi que la possibilité
d'y rencontrer une personne de religion. Mais à la prison d'Inezgane
ce droit est pratiquement bafoué par l'inexistence des conditions
d'hygiène requises pour faire la prière en bonne et due
forme.
En fait, le prisonnier concentre toutes ses doléances au droit
de dormir dans des conditions décentes. Entassés dans
une chambre étroite sans aération, les 130 prisonniers
se mettent chaque nuit comme des sardines en boîte de conserve
pour dormir. À l'exception de certains qui, par leur ancienneté
ou par la force physique ou le clientélisme, ont pu obtenir un
espace pour dormir (un "carreau", endroit large de quelque
centimètres), la plupart sont contraints au "Teqlach"
qui veut dire dormir avec le dos par terre et les pieds levés
au mur ou sur les épaules d'un autre prisonnier. Certains dorment
accroupis, d'autres carrément debout, ou à côté
des toilettes pendant plus de 10 heures moyennant 200 dirhams pour éviter
d'être écrasé par des corps en "Teqlach"
en milieu de la "Zoubia" (mêlée). Ce dortoir
de fortune ne prend aucunement en considération létat
de santé physique ou mentale des prisonniers (d'après
l'article 29 de la loi précitée, les condamnés
doivent être acheminés vers les prisons tout en tenant
compte de leur sexe, le lieu de résidence de la famille, l'âge,
l'état pénal, les antécédents, l'état
de santé physique et mentale, les qualités, la personnalité,
ainsi que le régime pénitentiaire auquel le prisonnier
est soumis pour assurer sa réintégration sociale.)
Pour palier au manque d'espace, la direction fait dormir les prisonniers
dans les couloirs entre les chambres et les quartiers ou en plein air
dans le froid. Même les chambres qui ont des fenêtres qui
ne se referment pas sont très froides au détriment du
confort et de la santé des détenus (Une disposition de
la réglementation internationale en la matière stipule
que les lieux où les prisonniers vivent ou travaillent doivent
avoir des fenêtres aussi larges pour permettre la lecture et le
travail à la lumière naturelle tout en laissant passer
l'air pur...). Cet encombrement constitue un milieu propice pour les
propos obscènes et indécents, non seulement parmi les
prisonniers mais aussi de la parts des gardes. Ces derniers prennent
du plaisir à torturer les détenus notamment dans les séances
de la "Falaqa" (bastonnade) qui brisent l'âme et le
corps. La torture peut aussi être pratiquée par l'immersion
dans un bassin d'eau froide (les articles 32, 59 et 61 stipulent que
le prisonnier présenté devant une commission de discipline
a droit de se faire assisté par une personne de son choix et
de faire ses déclarations soit oralement soit par écrit.
La décision disciplinaire prise contre lui doit être notifiée
au détenu par écrit dans un délai de 5 jours et
doit faire état, en plus des motifs, de la possibilité
de recours dans un délai supplémentaire de 5 jours). La
loi internationale interdit toute mesure disciplinaire qui consiste
en un châtiment corporel ou la mise dans une cellule obscure,
ou toute autre mesure forcée, inhumaine ou dégradante.
Attitude de la direction du prison:
La direction en la personne de son chef dénommé "Hassan
H." exploite les conditions dramatiques des détenus, leur
indigence et leur faiblesse matérielle et morale. Il a transformé
la prison en source d'enrichissement et en un lieu pour satisfaire ses
mauvais instincts, et ce à travers un réseau externe.
Il se met d'accord avec des gens pour acheter "le marché"
et reçoit chaque fin de semaine une redevance de 1000 dirhams.
Les places pour dormir doivent aussi être achetées par
les détenus. Un carreau (quelques 20 centimètres) peut
atteindre jusqu'à 10.000 dirhams, sachant que la loi stipule
que chaque prisonnier a droit, suivant les usages locaux, à un
lit individuel et des accessoires nécessaires propres, à
charge pour lui de les garder en bon état.
Les nouveaux arrivés sont toujours dérangés dans
leur sommeil pour accentuer leur peine et les pousser à demander
à verser de l'argent pour avoir un espace pour dormir. Cette
manuvre se fait par le chef de la chambre sur instruction du chef
du quartier ou un des proches du directeur après avoir réuni
tous les renseignements sur le nouveau prisonnier: sa condamnation,
situation financière, profession, résidence, peine
etc.)
Les visites
Même si la visite est un droit élémentaire accordé
au prisonnier suivant l'article 75 de la Loi n°23/98, elle reste
soumise au marchandage de la part du responsable des visites au su du
directeur. Parce que même les postes clé dans la gestion
de la prison qui donnent l'occasion de soutirer de l'argent aux prisonniers
et à leurs familles restent tributaires du degré d'affinité
du fonctionnaire avec le directeur (cadeaux et pots-de-vin). La visite
se fait dans une chambre très étroite et dans des conditions
qui ne permettent pas d'alléger les souffrances du détenu
pendant une durée qui ne dépasse guerre 15 minutes dans
les meilleurs des cas. Il est interdit à plus de deux personnes
portant le même nom de famille de visiter en même temps
un prisonnier. Ajouté à cela, le vacarme dû au nombre
élevés des prisonniers et leurs visiteurs (l'article 76
stipule que les visites doivent se faire sans cloison ou alors dans
un lieu qui permet une bonne vision et la séparation entre les
prisonniers et leurs visiteurs - la visite des prisonniers malades ou
incapables de se déplacer peut exceptionnellement se faire à
l'intérieur des cliniques).
La majorité des familles se plaignent du comportement déplacé
des fonctionnaires envers elles à la porte de la prison par des
injures et même des coups et gifles. Le directeur de la prison
ne trouve aucune gêne à traiter les surs et les mères
de tous les noms lorsqu'il ne leur fait pas des propositions indécentes
ou les harcèle. Ces visiteuses peuvent attendre pendant des heures
en l'absence de lieux adéquats avec des boutiques et de buvettes
à l'instar d'autres prisons. Par ailleurs, et pour remettre des
produits alimentaires aux prisonniers, les visiteurs, dont certains
sont très âgés, sont contraints d'attendre dans
de longues files, ce qui exacerbe leur fatigue après un long
voyage.
La direction de la prison donne rarement suite aux demandes des prisonniers
telles les demandes d'obtenir un document ou d'envoyer une lettre urgente.
Sans les pots-de-vin la lettre d'un prisonnier peut attendre pendant
longtemps ou se perdre carrément (l'article 89 stipule que tout
prisonnier a droit à envoyer et recevoir du courrier et l'article
98 d'ajouter que les prisonniers sont en droit de présenter leurs
doléances au directeur de la prison, au directeur général
des prisons, aux autorités judiciaires ou au comité provincial
de surveillance, soit oralement soit par écrit. Ils peuvent demander
à être écoutés par les autorités administratives
ou judiciaires à l'occasion des visites ou des inspections. L'audience
peut avoir lieu en présence d'un agent qui peut voir sans entendre
la parole à moins que l'autorité concernée ne décide
de passer outre cette présence. Les plaintes doivent être
examinées et des mesures adéquates doivent être
prises à leur sujet.)
La fraude touche aussi les déplacements des prisonniers à
d'autres maisons d'arrêt. Deux des prisonniers qui étaient
avec moi à la chambre n°7 dans le quartier dit "Kachla",
condamnés pour émission de chèques sans provision
à 2 et 3 ans, m'ont informé qu'ils avaient versé
la somme de 50.000 dirhams pour ne pas être déplacés
aux prisons de Taroudant et Essaouira. Mais lorsque le directeur a été
muté à la prison de Laayoune, la décision de les
déplacer a été exécutée. Les exemples
ne manquent pas, mais les prisonniers ont peur de révéler
ce genre de faits.
La promenade:
Le prisonnier bénéficie d'une promenade de 15 minutes
au maximum (suivant l'article 116 de la Loi 23/89: "Tout détenu
peut bénéficier d'une promenade quotidienne en plein air
ou dans la cour de la prison, à moins qu'il n'en soit dispensé
pour des raisons de santé ou n'exerce des travaux professionnels
en dehors de la prison - la promenade doit durée au minimum une
heure et demi). Pendant les jours où des prisonniers sont transférés
à d'autres prisons et pendant les jours fériés,
les détenus sont privés de ce droit durant 3 ou 4 jours.
Ils restent alors tout ce temps sans mouvement ni lumière du
soleil ni air pur. Et c'est dans ces conditions que fleurissent des
maladies comme le rhumatisme, la galle, les ophtalmies, la tuberculose,
etc. Tout ceci arrive alors que les officiels ne cessent de répéter
que l'administration est au service du citoyen.
L'aire réservée à la promenade, en plus de son
étroitesse, manque de toutes les conditions d'hygiène
ce qui cause des maladies même aux gardiens, notamment les irritations
du nez et de l'il.
UP
Pour ce qui est de la nourriture apportés par les visiteurs,
la direction de la prison exagère dans la fouille (inspecte dans
la bouche et ordonne au prisonnier de se déshabiller complètement
d'une manière dégradante et offensive à la pudeur
ce qui cause la honte aux prisonniers). (D'après le dernier alinéa
de l'article 68: Les détenus ne peuvent être fouillés
que par des personnes de leur sexe dans des conditions qui respectent
leur dignité sans atteinte à l'efficacité de la
fouille). Beaucoup de produits sont interdits: le parfum, l'eau de Javel,
les légumes, les légumineuses, quelques fruits périssables
etc. Cependant, la nourriture apportée à certains
prisonniers privilégiés échappe à toute
inspection. Ils peuvent tout avoir y compris les produits interdits.
L'information:
Ce droit est presque inexistant dans cette prison. Seuls deux journaux
sont autorisés (Al Ittihad Al Ichtiraki et AL Ahdath Al Maghribia)
et encore après leur censure sans se soucier de la loi régissant
la presse ! (l'article 122 de la Loi 23/98 stipule que tout détenu
est en droit de recevoir à sa charge les journaux et revues qui
sont soumises à la censure en vigueur). La direction de la prison
donne l'impression qu'elle procède à la fouille inopinée
d'une chambre une fois par semaine, mais en fait elle informe auparavant
les trafiquants de drogue et ceux qui vendent les produits interdits
pour qu'ils puissent prendre les précautions nécessaires.
Certains prisonniers privilégiés sont sortis de la prison
sous prétexte de recevoir des soins médicaux. Ils peuvent
passer deux jours parmi les siens ou vaquer à leurs affaires
personnelles.
Il faut noter par ailleurs que certains fonctionnaires de cette prison
accomplissent honnêtement leur travail: l'actuel directeur de
la prison M. Aziz, le médecin principal M. Noureddine, l'infirmier
assistant, le chef de la maison d'arrêt (connu pour sa grande
expérience et sa flexibilité), le chef du service d'exécution
judiciaire, le chef de l'ancien quartier Abdellatif, et Ali Iraki, Laabadi,
Saïdi, Belaïd et Brahim chargés de la surveillance,
ainsi que Zaoui, Hamid, Abdellah Taznaqt et Abderrahmane venu de la
prison de Chaouen, et d'autres fonctionnaires qui méritent d'être
salués pour la manière dont ils traitent les prisonniers
en dépit des contraintes et le manque de moyens.
L'éducation et la formation professionnelle:
Je suis tout à fait conscient que la formation professionnelle
est possible seulement dans les prisons centrales et agricoles et que
la prison d'Inezgane est une prison locale réservée pour
l'accueil des placés en détention préventive et
ceux qui purgent des petites peines ou les contraints par corps. Mais
la direction ne donne aucune information à ce propos. Elle ne
fournit pas par exemple un guide qui fait état des droits et
obligations du prisonnier, ou colle des affiches qui donnent des informations
sur l'organisation pénitentiaire. Au contraire, elle agit suivant
des circulaires qu'elle prétend recevoir. (L'article 26 stipule
que toute personne placée dans un établissement pénitentiaire
doit être informée des dispositions essentielles régissant
ces établissements et les textes promulgués pour leur
application; elle doit aussi être informée de ses droits
et obligations). Ainsi, parmi les informations nécessaires on
trouve celles relatives à la grâce, la liberté conditionnée,
la procédure de transfert, la procédure de formuler les
plaintes et doléances. Ces informations doivent être sous
formec le monde extérieur. Le prisonnier qui revient en prison
plusieurs fois est perçu comme un "prisonnier clou"
(portée péjoratirs que celui qui vient pour la première
fois est appelé "boujadi" qui n'a aucune expérience
carcérale.Il est difficile de croirvaleur nutritive suffisante
pour préserver sa santé et sa force; un repas convenablement
préparé et servi.
- Elle doit lui fournir de l'eau potable chaque fois qu'il en exprime
le besoin.
Ces conditions sont totalement absentes dans la prison d'Inezgane. Au
petit déjeuner on sert du thé, du café ou de la
soupe; au déjeuner c'est généralement des légumineuses,
un "mélange" de légumes avec du pain rassis
ou couscous froid et mal préparé. Le prisonnier ordinaire
est privé de la viande pendant 20 jours (le morceau de viande
est nommé "Jebboud" parce qu'il est impossible de le
mâcher et la seule façon pour le manger est de l'avaler).
On donne un uf par prisonnier tous les quinze jours. Au déjeuner
on "sert" généralement du riz, des pâtes
ou des haricots pleins de petites pierres. Tous ces repas sont répugnants
par leur odeur et très mal cuisinés, ce qui pousse des
familles à prendre en charge la nourriture de leurs proches en
prison. La majorité des prisonniers se trouvent obligés
de manger ce qu'on leur sert et supportent la malnutrition parce que
leurs familles ne sont pas en mesure de les nourrir tout le temps. Il
ne faut pas parler ici d'hygiène parce que la nourriture servie
dans cette prison donnerait la nausée mêmes aux chiens
de la haute société.
Les prisonniers, pour contourner l'interdiction du réchaud, utilisent
des mèches avec de l'huile ou du plastique, ce qui nuit considérablement
à leur santé. Les gardiens ferment l'il contre arrosage.
Le téléphone, sous surveillance en permanence, constitue
un outil pour soutirer de l'argent aux prisonniers: 50 dirhams pour
téléphoner, en dehors de la consommation. En ce qui concerne
la surveillance, je renvoie aux registres de l'Observatoire National
des Prisons pour savoir le nombre d'appels qu'il a reçu de la
prison d'Inezgane; même si cet organisme avait distribué
ces numéros de téléphone suite à sa visite
du 29/05/2000 pour les inciter à parler des violations de leurs
de droits en prison. Il existe seulement 2 lignes téléphoniques
pour 2400 prisonniers et un seul employé pour organiser leur
utilisation. Le lundi et mardi sont réservés pour le nouveau
quartier, le mercredi et jeudi pour l'ancien quartier (Kachla) et le
vendredi pour le quartier des femmes. Seuls sont acceptés les
appels vers des personnes portant les mêmes noms de famille. Et
il faut se conformer strictement au bon de téléphone qu'il
faut emmener avant tout appel. Toutes ces mesures sont en fait appliquées
pour dissuader davantage les prisonniers de dénoncer aux responsables
ou aux organismes concernés les violations et les aspects de
la corruption qui sévissent dans cet établissement.
UP
D'une manière générale, en plus
du traitement dur, inhumain et dégradant, cette prison effroyable
présente des conditions de vie intolérables. Des cellules
immondes qui sont froides et humides en hiver et trop chaudes et étouffantes
en été à tel point qu'on peut sentir la peau humaine
"brûler". Elle sont pleines de cafards, moustiques et
poux surtout en été avec d'autres insectes qui habitent
le corps humain.
Les relations homosexuelles sont très répandues dans cette
prison avec tous les dangers que cela comporte.
Les détenus ne sont pas classés selon leurs peines: ainsi
on trouve les condamnés dans des affaires civiles telles les
accidents de circulation, la pension alimentaire, les chèques
sans provision avec les criminels (meurtres, violations,
); les
mineurs avec les adultes; les malades mentaux avec les personnes ordinaires.
(l'article 29 stipule que les condamnés sont placés dans
des établissements pour purger leurs peines suivant l'article
8 ci-haut en prenant en compte tout particulièrement le sexe
du détenu, son état pénal, son âge, ses antécédents,
ses capacités mentales et physiques, le régime carcéral
auquel il est soumis, et ce en vue de sa réintégration
sociale.). Ici on met tout le monde dans une chambre encombrée
sans toilettes. Les détenus se mettent à tour de rôle
pour utiliser les latrines à découvert où ils se
sentent embarrassés. Aucun lieu n'est aménagé pour
le lavage des vêtements ou les ustensiles de cuisine et pourtant
la réglementation internationale stipule que tout prisonnier
doit pouvoir satisfaire ses besoins naturels dans des lieux d'aisances
propres et accessibles.
Les soins médicaux sont presque inexistants dans la prison d'Ineszgane.
Les prisonniers souffrent souvent de maux et crient de douleur nuit
et jour mais personne ne vient pour les soulager, surtout du temps de
l'ancien médecin qui est décédé. Pour obtenir
des médicaments il faut s'armer de persévérance
et de patience. Le médecin lui-même se plaint de la difficulté
de combattre les maladies qui se propagent dans cette prison à
cause de la saleté, l'encombrement et l'absence de moyens efficaces.
C'est ce qui pousse certains détenus à essayer de "guérir"
leurs plaies par des moyens primitifs tels l'urine ou les épices
ou tout simplement les ignorer. Le danger de propagation des maladies
est grandissant puisque les détenus se mettent par terre avec
des bras et des jambes entrelacés et éprouvent la difficulté
de bouger ou de respirer.
En tant qu'activiste des droits humains (membre du conseil national
du Forum de Vérité et de Justice) et grâce à
ma connaissance, même limitée des règles internationales
et locales régissant les institutions carcérales, je suis
convaincu que les anomalies constatées dans la prison d'Inezgane
ne peuvent être comparées qu'avec celles qui existent dans
les centres secrets de séquestration. En principe, les prisons
sont des établissements qui ont une vocation pédagogique
en premier lieu. Ils visent à dresser le comportement de l'individu
qui s'inscrit dans le cadre de sa réaction à des facteurs
psychologiques, sociaux, économiques et politiques. Lorsqu'il
se révolte contre des règles établies, les prisons
sont là pour dresser et réguler son comportement en vue
de sa réintégration dans la société.
Je croyais qu'en dépit du manque de moyens on mettrait dans la
gestion des prisons des personnes qualifiées (formation en psychologie,
sociologie et en droit) pour s'acquitter de la tâche sociale qui
leur est conférée. Ils doivent être en mesure d'organiser
des activités culturelles, pédagogiques et professionnelles
qui entrent dans le cadre de la réalisation des objectifs de
la prison en procurant tout d'abord des conditions de vie décentes.
Le détenu doit être capable, après avoir purgé
entièrement ou partiellement sa peine, de mener une vie normale
une fois dans la vie sociale ordinaire.
Mais lorsque la prison se transforme en un "institut" pour
acquérir les notions du crime, renforcer son côté
subversif et aider à propager le comportement criminel dans la
société, la question devient très dangereuses et
mérite d'être sérieusement traitée.
Avant de clore ce rapport, je tiens à relater quelques aspects
de la vie du prisonnier dans la prison d'Inezgane. Alors comment un
prisonnier passe-t-il sa journée? La réponse à
cette question donnera sûrement des éléments pour
comprendre le rôle exacte de l'institution carcérale au
Maroc.
À sept heures du matin, les prisonniers qui disposent de lieux
pour dormir (un carreau et quatre doigts) rangent leurs draps. Quant
aux autres qui se débrouillent pour dormir, ils rangent leurs
nattes et couvertures minables. On procède alors à l'appel
pour vérifier le nombre des prisonniers. Pendant le déroulement
de cette opération, ils doivent se tenir debout durant une heure
environ. Le prisonnier qui n'obéit pas à cette règle
encours la punition du cachot.
On inculque ici aux prisonniers que l'appel est l'aspect dominant de
l'incarcération et l'indice du degré d'obéissance.
Il est répété plus de quatre fois par jour et lorsque
le compte n'est pas bon on recommence pour s'assurer que tout le monde
est dedans. Après l'appel, le prisonnier passe sa journée
accroupi à même la terre ou sur des couvertures sales dans
l'attente du calvaire de la nuit qu'il doit passer en "Tqlach"
(pieds levés). Les conditions de manger ou de regarder la télévision
sont très précaires avec le vacarme de 140 détenus
qui occupent une chambre dont la capacité ne dépasse guerre
15 personne. Le vacarme et le tapage sont devenus monnaie courante ici
non seulement pendant la journée mais aussi la nuit.
Certains prisonniers passent leurs journées soit en sommeil après
avoir avalé des pilules narcotiques soit à ressasser,
ou entendre ressasser, des paroles sur son accusation, les raisons de
son arrestation, ses aventures ou les circonstances des crimes commis.
Ces histoires servent à enfoncer les prisonniers dans le gouffre
du crime et constituent une culture qui fait que chacun se vante de
ses "gloires". Elles constituent pour certains la seule manière
de communiquer avec son entourage et le seul moyen de s'imposer dans
ce milieu et de consommer la rupture avec le monde extérieur.
Le prisonnier qui revient en prison plusieurs fois est perçu
comme un "prisonnier clou" (portée péjorative)
qui signifie que c'est un "prisonnier de carrière"
qui sait comment se débrouiller en prison et vaincre ses difficultés.
Alors que celui qui vient pour la première fois est appelé
"boujadi" qui n'a aucune expérience carcérale.
Il est difficile de croire que beaucoup de détenus ne se préoccupent
guerre de leur libération au motif qu'ils n'ont plus aucun avenir.
Ils ont la certitude qu'ils vont revenir à la prison parce qu'au
moins ils y trouveront l'abri, la nourriture et le peu d'argent qu'ils
peuvent gagner en nouant des relations particulières, en rendant
des services ou en pratiquant le trafic des produits interdits.
CONCLUSION:
En dépit de l'abrogation des lois régissant les prisons
(celles du 11/04/1915, 26/06/1930 et 10/09/1942) par la Loi n°23/98
et l'activisme des organisations des droits humains qui a mis a nu la
situation des prisons et tout particulièrement la prison d'Inezgane
qu'elles ont recommandé la fermeture; en dépit de tout
cela, cette prison reste un charnier des morts-vivants. Il est certains
qu'il en existe d'autres au Maroc à El Jadida, Laayoune, Fez,
Meknes, Kalaat Seraghna, Oujda,
etc. Cette vérité
ne peut être cachée à jamais malgré les efforts
de la Direction Générale des Prisons pour tromper les
observateurs et présenter une image erronée de la situation.
Ceci donc est un message adressé non seulement à l'opinion
publique locale mais aussi à la conscience humaine internationale
pour agir en vue de sauver la vie de milliers d'êtres humains
qui se meurent lentement et dont les circonstances de pauvreté
et de nécessité générées par les
politiques adoptées au Maroc les ont pousser à la perversion.
Je suis convaincu que si nous étions dans un pays démocratique,
la mise à nu de ces vérités aurait provoqué
des manifestations populaires condamnant ces pratiques. On aurait transformé
la prison d'Inezgane en une musée pour la mémoire; un
monument qui rappelle à l'humanité la misère et
les drames de milliers de prisonniers.
À la fin de ce rapport, je voudrais poser de grandes questions:
Est-ce qu'un établissement qui présente de telles conditions
a pour objet de qualifier le prisonnier et l'aider à réintégrer
la société?
Est-ce que c'est comme çà qu'on traite un prisonnier qu'il
soit condamné à tord ou à raison?
Où sont les droits humains dont se vante le régime marocain?
La réforme des établissements pénitentiaires ne
constitue-t-elle pas un début essentiel pour améliorer
la situation des droits humains?
Témoignage du prisonnier d'opinion sahraoui
Ali Salem TAMEK
N° d'écrou: 1591
Prison locale d'Aït Melloul - Inezgane - Agadir - Maroc
UP
Mohamed
BENNOU
Politique d'oppression et d'anéantissement
Devant la forte détermination de notre peuple
à défendre son droit à la liberté et à
l'indépendance nationale, et après s'être rendu
compte de l'inefficacité de sa politique d'extermination de la
Nation Sahraouie à travers les emprisonnements et les massacres,
les autorités marocaines ont décidé de mettre en
pratique une politique de terreur visant essentiellement à effacer
l'identité nationale sahraouie. Les aspects les plus importants
de cette politique sont:
l/ Intensification des services d'intelligence en plus
des forces massives de sécurité et des services secrets
qui opèrent dans les territoires occupés du Sahara, un
grand nombre d'hommes et de femmes ont été recrutés
et employés comme travailleurs sociaux dans les zones où
vivent les sahraouis. Pour être en condition de les espionner.
les pourchasser constamment et informer les autorités, dautres
sont employés comme agents secrets dans des clubs et des centres
de jeunesse.
2/ Déportation au Maroc: les autorités
marocaines ont lancé une campagne massive de déportation
en 1987. au cours de laquelle 16 000 Jeunes furent déportés
dans différentes villes marocaines Ces Jeunes furent arrachés
à leurs écoles sous prétexte qu'ils se trouveraient
mieux comme employés au Maroc. Mais la réalité
était bien différente, car l'objectif de ce nouveau coup
était d'intégrer tous ces jeunes dans la société
marocaine et ainsi assurer leur marocanisation. Pourtant, les résultats
de cette nouvelle politique furent un véritable échec
et les autorités marocaines durent renvoyer ces jeunes au cours
de 1990
3/ Promotion du mal marocain: tous les occupants ont
un point commun qui consiste à introduire les mauvaises coutumes
de leurs sociétés respectives dans les sociétés
qu'ils veulent dominer. Ainsi les marocains ont amené dans les
territoires occupés des milliers de prostituées, qui dans
un pays comme le Maroc sont des femmes soumises et se convertissent
généralement en mouchards des agents secrets. Les objectifs
de cette opération sont de promouvoir ce nouveau travail au sein
de la société sahraouie, en plus de la consommation de
drogues, en particulier le haschich,
4/ Modification de la démographie du territoire
sahraoui : depuis le début du conflit, les autorités marocaines
ont offert beaucoup d'avantages aux marocains pour qu'ils s'installent
dans les territoires occupés ( habitations, commerces, emplois...).
Beaucoup d'entre eux ont été enregistrés pour participer
au processus d'identification que menaient les Nations Unies
5/ Suppression des libertés fondamentales: tous
les droits humains reconnus internationalement sont violés par
les forces d'occupation marocaines:
le droit a la vie: nos ancêtres nous ont appris que la
vie d'un être humain a une valeur inestimable. C'est pourquoi
ils nous apprenaient a respecter la vie des autres. Tuer un être
humain est un délit très grave. Depuis 1975. le Maroc
n'a cessé de violer ce droit fondamental. Combien d'enfants,
de femmes et de vieillards innocents sont morts durant les bombardements
de l'aviation marocaine sur les localités sahraouies, avec des
armes interdites comme le napalm et le phosphore blanc...? Combien de
personnes ont laissé leur vie sous la torture et les mauvais
traitements auxquels elles ont été soumises dans les cachots
des prisons du royaume du Maroc?
le droit a la liberté: notre peuple a toujours été
fier de sa liberté en effet, les sahraouis se déplaçaient
librement dans le désert. Rien ni personne ne peut les empêcher
de jouir des ressources de leur pays. Mais quand le Maroc occupa le
territoire sahraoui, il isola les villes, anéantit les troupeaux
(chameaux et chèvres), il distribua ses localités et força
les nomades a s'installer dans les villes. Des milliers de sahraouis
furent faits prisonniers. Des centaines d'entre eux continuent d'être
disparus jusqu'à aujourd'hui. Les territoires occupés
sont une véritable prison. Les mouvements des sahraouis sont
strictement contrôlés .
le droit à la libre expression: personne dans les territoires
occupés ne peut exprimer librement son opinion sans être
considéré comme traître a la « Nation Marocaine
», et il peut être condamné pour atteinte a la Sûreté
d'Etat ou simplement arrêté et torturé, ou même
assassiné. Le Maroc interdit toute mention au passé ou
au présent de notre mouvement de libération, le Front
POLISARIO. Il censure les livres ou tout matériel
imprimé soupçonné d'être progressiste. Il
interdit l'écoute de la Radio Nationale Sahraouie. Il ne permet
pas les contacts avec les étrangers qui rarement sont autorisés
a visiter le territoire.
le droit à la culture: chaque peuple a le droit de pratiquer
sa propre culture, mais en ce qui concerne le peuple sahraoui, ce droit
lui est refusé par les autorités marocaines, il ne peut
fêter ses événements culturels, les associations
culturelles ou artistiques sont totalement interdites. Dans les écoles,
les enfants sahraouis sont obligés d'apprendre exclusivement
la culture et l'histoire falsifiée du royaume du Maroc.
Histoire de la résistance
En 1975, l'armée marocaine a envahi mon pays,
le Sahara Occidental et y a installé un climat de terreur. Une
année plus tard une grande campagne d'arrestation arbitraire
a été menée. Mon oncle M'Rabih Mohamed BENOU en
a été victime. Un événement qui m'a beaucoup
marqué. Personne ne pouvait demander quel était le sort
de ces centaines de disparus et d'enlevés, ou risquaient de suivre
leur traces.
En 1987, j'étais en terminale; une commission technique de l'ONU
allait visiter le territoire. Nous avons commencé avec des camarades
à nous préparer pour l'accueillir. Deux jours avant la
visite nous avons été surpris par la visite en classe
du directeur du lycée accompagné par deux membres de la
DST marocaine qui tenait une liste d'étudiants suspects sur laquelle
figurait mon nom. Ils ont obligés nos parents à nous enfermer
le temps de la visite.
Le 15 mai 1990, ils m'ont retiré de mes études pour me
placer en résidence surveillée alors que j'étais
en deuxième année de philosophie à l'université
de Rabat.
A Smara j'ai vécu la libération d'un groupe de disparus
Sahraouis dont Hassan II niait l'existence durant 16 ans. Ce jour là
toutes ses cartes étaient tombées à l'eau et ses
jardins secrets (Galat M'Gouna, Tazmamart, Agdz...) n'étaient
plus secrets. Des centaines de disparus réapparaissaient et voyaient
le jour après de longues années d'enfer et de ténèbres.
Personne d'entre eux n'a été jugé et ils vivaient
dans des conditions qui étaient c'est le moins que l'on
puisse dire inhumaines.
Nous attendions tous ce jour là, et tout ceux qui aspirent à
la paix en étaient heureux. Le régime marocain parlait
d'une « grâce royale » en faveur de tous les détenus
Sahraouis mais cela n'était que de la poudre aux yeux, il voulait
se laver de ses crimes et apparaître blanc comme neige devant
la communauté internationale. En réalité, des centaines
de Sahraouis restent encore disparus. Mon oncle, que j'ai déjà
cité est toujours disparu. Ses enfants, quand ils étaient
petits, ne cessaient de demander à leur mère où
est ce qu'il était parti, elle ne savait quoi répondre
et quand ils insistaient elle finissait par dire qu'il était,
tout bonnement, mort. Aujourd'hui ils savent bien que leur père
a été enlevé par les forces marocaines en 1976.
Ils ne cessent, cependant, de se poser un tas de questions : est-il
encore vivant? et si c'est le cas, pourquoi les marocains le détiennent
depuis plus de vingt ans ? et pourquoi ne le jugent-ils pas? Sa fille
la plus jeune, Safia, qu'il avait laissé à l'âge
d'un an, me rend profondément triste quand elle me dit qu'elle
n'a qu'une seule envie : c'est de voir son père ne serait-ce
qu'une seule fois dans sa vie. Safia a participé aux manifestations
pacifiques qui se sont déroulées à El Ayoun en
février 1993 , devant le siège de la MINURSO. Arrêtée,
elle a passé cinq mois sous la torture dans le centre clandestin
des compagnies mobiles d'intervention (CMI) d'El Ayioun.
Le 6 septembre le cessez-le feu est entré en vigueur, c'était
la première étape d'un processus de paix qui devrait donner
au peuple Sahraouis la
possibilité d'exercer son droit légitime d'autodétermination
à travers un référendum libre et régulier.
Malheureusement le Maroc ne s'est montré coopératif et
n'avait pas la volonté de voir le plan de paix appliqué.
Il a commencé par ramener des milliers de marocains vers le sahara
occidental pour transformer les sahraouis en minorité et il a
fini par imposer des élections législatives qui ne concernait
que le Maroc, au Sahara Occidental et tout cela se passait au vu et
au su de la MINURSO.
Nous étions plusieurs jeunes a s'être réunis clandestinement
en ce mois d'octobre 1991 à Smara pour élaborer un plan
d'action qui serait en mesure de contrecarrer la politique de l'occupant
et de faire entendre la voix de notre peuple. Nous avons décider
de rencontrer le maximum des militants de Smara et d'ouvrir avec eux
la discussion sur la situation.
Nous nous sommes tracé des règles rigoureuses pour nos
réunions : elles sont tenues clandestinement, l'endroit était
soigneusement choisi et changé chaque fois que la réunion
se terminait, un écart d'un quart d'heure devait séparer
les gens quand ils arrivaient.
Les services des renseignements marocain devait douter que quelque chose
se préparait et ils ont mené, comme d'habitude, une grande
campagne d'arrestation dont j'étais victime.
En effet, le 10 novembre 1991, j'étais chez mon ami Balla Hamdi
(surnommé Hayoun), quand un groupe des services marocains a envahi
la maison, tard dans la nuit, sans mandat d'arrestation, ils ont sorti
leurs armes, menacé de tirer si l'un d'entre nous bougeait ou
criait. Ils nous ont bandé les yeux, rempli nous bouches de coton
et ligoté les mains derrière le dos. Ils ont sauvagement
fouillé la maison et saisi huit banderoles sur lesquelles était
marqué des slogans du Front Polisario.
Ils faisaient parti de ce groupe : le commissaire de police DOUIB Abdel
Hamid, le chef de la section locale de la DST, TALBI Omar, et le chef
de la gendarmerie royale, AOUNI Mohamed.
Nous avons été, ensuite, violemment jetés dans
l'arrière d'une voiture et expédiés sur le champs
au centre clandestin des CMI d'El Ayoun à 220 km du lieu de notre
arrestation.
Dans ce centre, tous les détenus ont les yeux bandés et
les mains ligotées et sont totalement coupés du monde
extérieur. Là, j'ai été longuement torturé
que j'en était devenu hémiplégique et ai perdu
conscience. Après, ils m'ont ramené à l'hôpital
et m'ont mis dans une chambre qui ne diffère en rien de ma cellule.
J'étais constamment attaché au lit alors que je ne pouvais
même pas me mettre debout, surveillé par trois gardien
et je n'étais suivi que par un seul médecin qui venait
me voir d'une manière irrégulière. Malgré
cette situation dramatique, l'interrogatoire c'est poursuivi et dans
l'hôpital même, mais je n'ai pas révélé
les noms de mon groupe ni notre programme d'action.
UP
Le 20 mars 1992, ils m'ont lâché, paralysé
devant la maison de ma famille. A leurs yeux, j'ai subi un châtiment
exemplaire qui donnerait de bonnes leçons aux autres. Contrairement
à ce qu'ils souhaitaient, j'ai été accueilli par
une foule de Sahraouis qui m'ont manifesté leur solidarité
et leur sympathie. Après cinq mois de soins ma situation s'est
améliorée et j'ai, de nouveau, intégré mon
groupe de travail, qui était resté à l'abri de
ces arrestations arbitraires et a pu continuer d'agir. Le 23 septembre
1992, nous avons réussi à organiser une rencontre secrète
aux alentours de Smara. Une rencontre que nous pouvons qualifier d'historique
car nous allions cette fois-ci affronter l'ennemi en directe et descendre
dans les rues, scander nos revendication et crier haut et fort notre
existence.
Nous nous sommes organisés en deux groupes, l'un devrait mobiliser
la population et l'inviter à ce joindre à la manifestation
pacifique, l'autre assurer sont succès et protéger les
manifestants de la répression. Nos revendications étaient
claires :
- le rejet de la politique colonialiste marocaine.
- l'application immédiate du plan de règlement.
- le refus des élections législatives marocaines au SaharaOccidental.
- la libération des prisonniers politiques et le sort des disparus
- le départ des colons.
La manifestation a eu lieu le jeudi huit octobre 1992,
beaucoup de gens étaient descendus dans les rues de Smara, ce
jours-là. Ils étaient hommes, femmes et vieillards, portaient
les drapeaux de la république sahraouie et répétaient
des mots d'ordre exprimant leur attachement à la liberté.
Nous nous sommes arrêtés devant le siège de la province
de Smara et dès notre arrivée les forces répressives
se sont acharnées contre nous pour dissiper la manifestation.
Plusieurs personnes ont été blessées et nous avons
du les transporter à l'hôpital, faute d'ambulance.
Parmi les blessés. J'ai pu reconnaître Soukeina Jadd-Ahlou,
une ancienne disparue qui avait passait dix ans au sinistre bagne de
Kalat-M'gouna, ainsi que S'diga mohamed-SaIeh et sa sur H'iila.
Encore une fois tous cela était passé devant l'indifférence
de la MINURSO qui assistait à ce drame.
Ensuite, la ville a été quadrillée par la police,
la gendarmerie et l'armée. Chaque foyer, ou presque, a été
espionné et mis sous écoute, et ils se sont livrés
à une véritable chasse aux sorcières. Des dizaines
de personnes ont été arrêtées dont des vieillards
et des enfants. Barikallah Mohamed-SaIeh, a été arrêté
dans la rue, Brahim Jouda enlevé de sa maison et moi-même
kidnappé à une heure du matin alors que je dormais chez
ma famille au 06 rueAhmed Ben Moussa . Ils nous ont entassés
dans une maison secrète dépendante de la DST de Smara.
Nous y avons subi toute sorte de torture. Après notre arrestation
, les gens se sont, de nouveau , rassemblés devant le siège
du gouverneur de la ville et ont exigé notre libération,
mais cela n'a fait qu'agrandir la liste des détenus. Plusieurs
d'entre eux ont été ,en effet, arrêtés dont
Kaltoum Lounate , qui sera jugée avec nous par le tribunal militaire
de Rabat. Nous étions transférés, au centre clandestin
des CMI d'El-Ayoun où nous avons subi, durant vingt jours, la
torture physique et psychique si bien que nous étions devenus
des loques. Chacun d'entre recevait, pour sa journée, un pain
et un peu d'eau . Nous avions, comme c'est la coutume dans cette prison/enfer,
les yeux bandés et les mains ligotées, nous étions
constamment tournés vers le mur et nous n'avions pas le droit
ni de bouger ni de parler entre nous. Les gardiens nous surveillaient
sans cesse et la moindre infraction de ce règlement diabolique
mérite un châtiment sévère.
Le 27 octobre, j'ai entendu le bruit des bottes devant ma cellule et
une voix horrible m'a appelé par mon nom. Je n'ai pas bougé.
Je ne savais quoi dire, tellement c'était étrange d'entendre
mon nom. La voix horrible m'appelant c'est répétée
mais cette fois elle était accompagnée d'insultes et de
coups barbares. Ils m'ont obligé de mettre mes empruntes digitales
sur un procès verbal de vingt pages. Tous les autres détenus
ont fait de même, et nous avons été transférés
la nuit vers Rabat. Nous étions quatre dont une fille, Keltoum.
Ils nous ont mis dans des cellules individuelles d'un centre de détention
des CMI. Nous devions être jugés par un tribunal militaire,
mais le moment, semble-t-il, n'était pas convenable. Le roi Hassan
II qui est le premier responsable du dossier Sahraoui, et le seul à
pouvoir donner le feu vert pour ce genre de procès, était
en voyage aux pays du Golfe, en plus le Maroc se préparait à
fêter l'anniversaire de la tristement célèbre «
Marche verte » et ils craignaient une réaction imprévisible
de la part de la population sahraouie. Ils sont allés dire à
nos familles, pour la première fois depuis notre détention
que nous allions être libérés. Il n'en était
rien. Ils voulaient les contenir. Nous avons été, à
nouveau, transférés le 13 novembre 1992 vers le centre
d'El Ayoun ou nous croupissions auparavant. Il était rempli de
détenus et nous avons, encore une fois, subi l'interrogatoire
et la torture que nous croyions en être délivrés
après avoir avoué notre sympathie pour le Front Polisario
et notre participation à la manifestation de Smara de 1992.
Après neuf mois de souffrances, de calvaires et de supplices,
nous étions de nouveau transférés, dans le secret
total, à Rabat avec deux jeunes d'El Ayoun : Salek BAZEID et
Sidi Ali NAJEM. Nous étions alors six a comparaître devant
le tribunal militaire de Rabat pour atteinte à la sûreté
extérieure de l'Etat (affaire n°820/764/93 AM). Après
avoir passé 29 jours à la prison de Salé, notre
procès c'était enfin ouvert le 29 juillet 1993. Il s'est
déroulé à huit-clos et nous avons été
condamné, chacun, à vingt ans de prison ferme. Vingt ans
de prison ferme pour avoir manifesté pacifiquement et oser dire
son existence. Nous avons été conduit à la prison
devant nos familles qui s'étaient rassemblées devant le
tribunal militaire. Elles n'avaient pas eu le droit d'assister à
notre procès, mais elles étaient là vêtues
des habits traditionnels qui marquent bien leur identité, et
lançaient des you-yous. Nous étions soulagés de
les entendre et nous nous sommes sentis puissants face à l'infamie
de nos juges et à la tyrannie du régime.
UP
En la prison, nous étions au quartier «
G » avec les prisonniers de droit commun. Ils étaient étonnés
par notre condamnation qu'ils jugeaient très sévère.
De part notre présence, le mot « Polisario » était
devenu familier chez les prisonniers; certains même nous appelaient
sympathiquement : les Polisario. Cela nous donnait une sensation formidable
d'avoir une identité et une appartenance.
Quelques semaines plus tard nous avons demandé un rendez-vous
au directeur de la prison.