Bureau International pour le Respect des Droits de l'Homme au Sahara Occidental
Oficina International para el Respeto de los Derechos Humanos en el Sahara Occidental
International Bureau for the Respect of Human Rights in Western Sahara

<><><> DIGNITE <><><> DIGNITY <><><> DIGNIDAD <><><> DIGNITA<><><>

ACTIVITES>>PRESENTATION>> INFOS>> TEMOIGNAGES>> GALERIES>> CARTE DU SITE>> LIENS>>

29 OCTOBRE 2002
LAAYOUNE
RENCONTRE AVEC LES FAMILLES DE DISPARUS

Le local où des familles des jeunes prisonniers nous attendent depuis plusieurs heures, les murs sont tapissés de listes de disparus sahraouis, de dessins représentant les tortures infligées dans les commissariats et prisons par les forces " de l'ordre " marocaines.

  • OUMR'JAL BOUGRINE
    Elle témoigne de l'arrêstation de son fils BOUGRINE MOHAMED EL MAHDI né en 1962
    Demeure Hy El Ouahda 1 rue Gibraltar n°12 Laayoune Il a été arrêté à 11h le 24.9.2002, sans mandat du Procureur du Roi, par des gens en civil. Il est le seul de la famille à travailler, son père a 90 ans et il a 2 sœurs handicapées.

Son neveu EL MOUSSAMIH BABA né en 1977 a également été arrêté.
Une parente BAHIA GELBEL née en 1970 demeurant à Smara témoigne que ce sont des policiers en civil qui sont entrés dans la remise. Ils ont refermé la porte, son frère Laarbi a voulu voir ce qui se passait il a également été arrêté. Ils ont emmené les hommes les yeux bandés et enfermé Bahia et la mère de Baba dans la menuiserie. Ils ont pris les produits de traitement du bois et dit qu'il s'agissait de produits pour déclencher des incendies.
Un autre fils Bachri né en 1986 a été arrêté et relâché l'après-midi
Ils ont tous été emmenés dans une fourgonnette de la Sté de distribution de lait : Jaoda.
Vers minuit ils ont arrêté un autre frère Abdallah et l'on relâché le lendemain.
Ils ont tous été torturés, Bachri a été frappé avec une louche. On les questionnait à propos des produits saisis. Ils sont passés devant le Juge d'Instruction. Ils n'ont reçu aucun soin. La police a gardé un téléphone portable et les clefs de la menuiserie.

  • ZROUG ROUG SALKA
    Demeurant Bd Bir El Jadid n°35 Elle témoigne de l'arrestation de son fils
    AHMED NAH EL MOUSAOUI né en 1982 Il a été arrêté le 14.10.2002 à 17h dans la rue Skikima par 4 personnes dont Slimane(brun). Ils lui ont bandé les yeux et l'ont fait monter dans un véhicule R18 Renault.
    Il n'y avait aucun témoin. Il a été torturé par la police judiciaire, le sang lui est sorti des oreilles, il n'entendait plus. 2 policiers se sont présentés au domicile et fouillé la maison sans mandat du Procureur du Roi. Ils ont trouvé des cartes du Forum Vérité et Justice. Sa mère diabétique s'est évanouie sa sœur enceinte a été choquée. Ces policiers, accompagnés de " Slimane " se sont rendus à la maison du père et sont entrés en se présentant comme des amis de son frère. Ils ont également fouillé l'appartement.

 

  • SIDI MOHAMED ALI BOURHIL et EL EDRISSI TAKBER
    Demeurant quartier El Ouaada 1 Av Boucraa rue 16 n°70 Témoignent de l'arrestation de leur fils MOHAMED LAMIN MOHAMED ALI LAHBIB BOURHIL né le 3.2.1981 Il a été arrêté le 24.9.2002 à 13h30h Il travaillait dans une laiterie. Son père et sa mère ont recherché des informations sur son sort durant 24 heures. Ce sont des personnes qui avaient été arrêtées et relâchées qui leur ont indiqué qu'il se trouvait au commissariat de Laayoune. Il avait les yeux bandés et était menotté ; il a été torturé avec un chiffon imbibé d'urine posé sur le nez et la bouche. Ses parents se sont présentés mais on leur a refusé de le voir et de lui remettre de la nourriture.

UP

  • KHEIRA BAZEID témoigne de l'arrestation de son frère
    SALEK BAZEID né en 1972 Il est électricien et demeure n° 63 Av Chiadna quartier El Hajari Il est arrêté le 24.9.2002 à 13h30 à par 7 personnes qui s'étaient arrêtées devant la porte de son domicile et l'avaient demandé. Ils ont déclaré être des policiers. Il en demande la preuve. " on a besoin de toi, tu dois nous accompagner, c'est un ordre du Procureur ". Devant son refus, ils font irruption dans la maison où il est rudoyé devant sa mère et sa sœur. Il est traîné dans la rue. 5 autres policiers arrivent en renfort. Il est plaqué contre la porte d'une 4L dans laquelle il est emmené. Kheira, qui tentait de s'approcher est jetée à terre à deux reprises par Abdelhaq RABI (agent des RG). Sa mère a été intimidée et rudoyée.
    A 150 m ils se sont arrêtés et ont emprunté une camionnette de la société de lait Joda.
    Lors d'une visite à la prison noire Salek a raconté à sa famille son (nouveau) calvaire : Les yeux bandés par un sac plastique il a été torturé au commissariat de Laayoune par El Aarbi HARIZE Commissaire Principal qui officie depuis plus de 20 ans et qui est identifié par la plupart des sahraouis qui sont passés en ces lieux. " Me reconnais-tu, lui dit-il en soulevant son bandeau, tu es entre mes mains, tu n'as rien, je peux faire de toi ce que je veux. Je sais que tu n'as rien à voir avec ce que l'on te reproche mais j'ai des compte à régler avec toi et tes copains du Forum. Vous avez échappé à une peine de 20 ans, je vais vous envoyer pour 15 ans." Il reste 1/2h au local de la PJ puis est transféré à la discrète prison du PC CMI où il est ficelé avec des cordes tout autour du corps, les mains menottées. Il reste ainsi 24 heures sans interrogatoire, sans repas. Le soir il s'évanoui, il est transféré à l'hôpital où le docteur refuse de le recevoir (je pense qu'il faut entendre : d'en prendre la responsabilité). Il retourne au PC CMI dans la même situation + de 16 heures. A 22h nouvel évanouissement, il retourne à l'hôpital . Il a senti quelque chose sur son pouce pendant cet état de semi-conscience.
    A 5h du matin on lui présente un Procès Verbal qu'il refuse de signer du fait qu'il n'a pas fait l'objet d'un interrogatoire. On lui a seulement demandé son nom, domicile et niveau d'études.
  • EL BACHIR SBAI OULD AHMED OULD EL HOUCINE né en 1943 SAIDI FATMA MENT IBACHIR OULD SOUDANI Témoignent de l'arrestation de leur fils le 2.10.2002 Ils sont accompagnés de leur fille DEMAHA SBAI MENT EL BACHIR AHMED BACHIR AHMED SBAI né en 1978 Ce dernier avait quitté le domicile familial et était recherché par la police. 4 policiers ont surveillé la maison durant 2 nuits consécutives. Le second matin ils sont entrés, ont réveillé tout le monde et demandé une photo et le livret de famille. Ils ont recopié son nom. Ils ont dit au père qu'ils avaient besoin de l'interroger et qu'il serait relâché ensuite. Ils ont emmené le père dans une Fiat Uno blanche. Sous la pression, le père a téléphoné à son fils, la police a pris l'appareil et ont dit " tu viens ou on emmène ton père ". Il a donc cédé au chantage odieux et s'est présenté aux forces de police. Il est resté 5 jours à la PJ et au commissariat les mains menottées ; les liens ont laissé des traces aux poignets durant 2 semaines. Il a été conduit ensuite en prison.
    " c'est un enfant faible, nous dit son père, il est resté évanoui tout une journée. Les autres prisonniers ont appelé la direction pour qu'un infirmier le secoure. C'est à travers la grille de la porte que l'injection intramusculaire a été faite ! " Sa mère qui est anémiée a été fortement traumatisée. Le jour de visite familiale est le lundi.
  • ANNI EL MOUSSAOUI Elle s'inquiète pour son fils KHATRI LABAIHI 22 ans qui est recherché par la police depuis plus d'un mois

  • SAFIA LAAJAIL
    Elle est inquiète à propos de son fils
    TANJI SANNAD né en 1977 qui est recherché par la police depuis le 24.9.2002
    4 policiers sont venus à bord d'une fourgonnette d'une Sté de lait pour demander des informations sur son fils. Ils ont fouillé la maison et la famille est depuis lors surveillée. Elle ignore ce qu'il est devenu.
  • SALKA née en 1972 Témoigne de l'arrestation de son mari AHMED NASSIRI Militant de la section Sahara du Forum Vérité et Justice, ancien détenu politique. Il assistait à Rabat au 1er Congrès du Forum Vérité et Justice
    Il s'est rendu au commissariat pour renouveler sa carte d'identité. Il y a été arrêté car, lui a-t-on dit, il était recherché depuis les émeutes de Smara en novembre 2001 ? Il est fonctionnaire et son poste de travail dans une municipalité est connu des autorités. Après avoir été entendu il est transféré à Casabanca puis à Laayoune. Le voyage dure 3 jours. Sa femme s'est présentée aux autorités de police à Smara : aucune nouvelle ne lui est donnée. Elle sera informée par son frère. Laayoune confirme la détention. Elle doit attendre le dimanche pour voir son mari, ce qui lui est finalement refusé du fait qu'il " s'agit d'un criminel dangereux ". Elle le verra le lundi et il lui racontera les conditions de son arrestation. Il a été torturé à Laayoune où il a subi le supplice de l'avion. On l'a frappé aux genoux.

UP

Cette pratique d'interrogatoire a pris fin sur ordre du Commissaire Divisionnaire qui a demandé que l'on procède à l'interrogatoire par une autre méthode. Il a refusé de signer le procès verbal.

Ses 3 enfants El Hafed 6 ans, Soukeina 5 ans, Abdelmounaim 1 an ont assisté à la fouille de la maison le 17 Novembre 2001


Toutes les familles nous parlent des conditions infectes de détention de leurs proches :
Ils sont 100 à 110 par cellule et doivent rester assis côte à côte tellement l'espace est réduit. Ils mangent des repas froids, et les familles doivent impérativement acheter le lait qu'elles apportent au commerçant qui est à côté de la Carcel Negra (prison noire). Suite aux différentes grèves de la faim, seule façon de protester qui leur restent, qui ont eu lieu cette année, de nombreux détenus sont l'objet de mauvais traitements et de tortures.


INFORMATION

Dans la nuit du 27 au 28 novembre 2002 un détenu a été tué à la prison noire de Laayoune : Mohamed Ould Barka Boussada âgé de 35 ans, condamné à 8 mois de prison pour un délit mineur, a été torturé et jeté dans la partie WC de sa cellule. A 2h du matin, son état étant très grave ses co-détenus ont appelé les gardiens sans succès. C'est à 10h qu'ils ont ouvert la cellule, il était mort. La direction de la prions a appelé une ambulance, l'infirmier a refusé d'emmener un mort. Durant 2 heures la dépouille est restée dans l'ambulance, devant l'entrée de la prison sous les yeux des familles qui attendent d'entrer pour les visites. A midi la police l'a emmenée à l'hôpital où la famille a pu le voir et constater qu'il portait des traces de coups et de brûlures sur tout le corps.
Le défunt portait encore les menottes !

UP

 

30 OCTOBRE 2002
LE BIDONVILLE DE LAAYOUNE

Il s'étale à proximité d'immeubles assez récents. C'est un dédale de constructions faites de parpaings et de bidons déroulés, recouvertes de tôles ondulées. Notre guide nous fait remarquer le caractère " historique " du site qui date de la colonisation espagnole. Il compte 75 habitations où vivent 6 à 10 personnes. Ces familles sont originaires de la région de Tan Tan, elles sont venues ici dans les années 80 quand la ville a perdu son rôle d'axe économique au profit de Laayoune où la contrebande joue aussi un rôle.

Nous entrons chez une famille qui vit ici depuis 1980. C'est une femme au regard rempli de tristesse qui nous reçoit et nous remercie d'être venues, d'avoir fait un si long voyage. Elle nous invite à nous asseoir dans une pièce dont le plafond est constitué de roseaux et de poutres en troncs de palmier. Elle prépare le thé tout en parlant du souci qui l'obsède, sa fille se glisse dans l'embrasure de la porte et vient s'asseoir contre elle. C'est une veuve qui a la charge de 4 enfants âgés de 4 à 20 ans. Son mari était fonctionnaire, elle ne touche pas de pension.

Son fils aîné, Abdallah LAHLAN né en 1975 est licencié en anglais. Il n'a pas de travail. Il est membre de " l'association des chômeurs du Sahara " dont le local a été saccagé et le matériel enlevé lors des arrestations du 22 août 2002.

C'est l'une des victimes de la grande supercherie orchestrée par NAJAT, le Gouverneur de Laayoune, dont les artisans furent le parti de l'Istiqual, le Ministère de l'Intérieur et celui de la Santé. De mai à juillet 2002, il a fait croire que 20 000 personnes seraient embauchées par une société des Emirats Arabes.

L'administration procède à l'établissement d'une liste des embauches pour on fait appel à candidatures. Des visites médicales sont organisées au Centre Culturel de Laayoune par le Ministère de la Santé à raison de 500 à 1 000dh. Les candidats doivent se déplacer à Casablanca pour les démarches. En août le Consulat des Emirats dément l'information. Ce sont un millier de personnes qui à Laayoune ont été dupées et demandent à être remboursées. Le 22.8.02 un sit-in est organisé. C'est là qu'à 21h la police intervient au local de l'association et pratique à des arrestations. La PJ affirme que les gens ont été dispersés sans recours à la violence !

Le Tribunal de 1ère Instance le 2.9.02 prononcera des peines d'1 à 2 années d'emprisonnement assorties de 5 années de bannissement du Sahara Occidental et 500 dh d'amende.

Le jugement en appel (auquel assistaient 3 observateurs la Ligue des Droits de l'Homme Suisse) réduira la peine à 8 mois d'emprisonnement.

UP

LAAYOUNE
4 NOVEMBRE 2002
TENTATIVE DE VISITE A LA CARCEL NEGRA

Nous avions adressé une lettre au Directeur de l'Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion demandant de visiter à la Prison Noire de Laayoune, les 5 jeunes de l'association des chômeurs sahraouis et militants du Forum Vérité et Justice, les premiers condamnés pour le sit-in de Laayoune en août 2002 et Ahmed Nassiri en détention préventive depuis juin 2002, accusé d'être à l'origine des événements de Smara de novembre 2001.

Nous arrivons devant ce vieux bâtiment jaune surmonté de miradors. Une longue file de femmes, d'hommes et d'enfants sahraouis attendent leur tour pour les visites. Ils semblent étonnés de notre arrivée et nous adressent de larges sourires .

Lahoussine Moutik, militant des Droits de l'Homme, nous accompagne et expose à un premier gardien posté à l'extérieur de la prison, l'objet de notre visite qui est de rencontrer un groupe de prisonniers sahraouis. Il nous dit d'attendre et entre derrière la lourde porte de fer.
De l'extérieur nous entendons le bourdonnement confus des conversations qui semblent venir du parloir. Une femme sort, elle sèche ses yeux avec son melhfa bleu.

Un autre gardien sort, nous nous approchons, il intime l'ordre à Afifa de ne pas bouger de notre place, c'est à Lahoussine seul qu'il veut parler pour en savoir plus sur cette demande qui semble troubler l'ordre établi (au vu de ce personnage le dicton "aimable comme une porte de prison " vient à l'esprit ). On lui présente le courrier envoyé à la Direction de l'Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion. La porte se referme. Nouvelle attente. Un homme en civil s'est "discrètement " posté derrière nous.

La porte s'ouvre de nouveau on nous fait signe de rentrer. Nous entrons dans un sas, à droite derrière une grille, les gens se pressent pour voir ce qui se passe, des jeunes tiennent les barreaux on est tentées de penser que ce sont eux les prisonniers, en fait ce sont les familles. Il fait chaud, l'atmosphère est lourde, on nous remet des badges, " ils acceptent " nous dit Lahoussine. Nous passons la première grille pour entrer dans une sorte de hall ; à gauche la porte aveugle qui donne dans la cour, à droite une grille ferme la pièce où les familles attendent.

Nous empruntons un escalier qui accède aux bureaux de l'administration de la prison. L'adjoint du directeur nous reçoit, et nous fait entrer au secrétariat en nous invitant à nous asseoir. Il demande si nous avons une réponse à notre lettre. Naturellement nous n'avons pas été contactées par l'Administration Pénitentiaire sur les coordonnées qui figuraient sur le courrier. Le directeur sort de son bureau. C'est un petit homme au visage rond, qui porte des lunettes. Il nous salue et explique à Lahoussine qu'il faut une autorisation pour rencontrer les prisonniers quand il ne s'agit pas de la famille et que nous sommes des étrangers. Une longue polémique s'instaure sur la forme de la demande qui aurait dû passer par lui (chacun des protagoniste sait très bien que le problème se situe sur le fond). Nous lui expliquons que cette demande a été d'abord faite au Procureur Général du Roi le 30 octobre, nous n'avons pas eu de réponse, mais s'il appelle à Rabat il aura sans doute des informations. Il répond qu'il ne peut pas faire ce type de démarche et nous reproche de nouveau de ne pas l'avoir faite en temps voulu et sous son couvert.

UP

Avec nous il a un ton correct, mais il préfère parler en arabe à Lahoussine car il peut laisser éclater sa colère. Il lui dit : " nous n'avons pas d'autorisation pour laisser des étrangers visiter les prisonniers, nous sommes des subordonnés, la réglementation du pénitencier dit que c'est une décision qui revient à l'administration centrale, il ne peut pas demander à ses supérieurs la réponse concernant notre requête vu qu'elle n'est pas passée par lui, qu'il a du travail et doit regagner le Tribunal, raison pour laquelle il ne peut pas nous recevoir dans son bureau. Nous lui disons qu'il s'agit de notre demande et que nous souhaitons parler directement avec lui (il s'exprime parfaitement dans notre langue). Il résume son propos et quitte la pièce furieux et s'enferme dans son bureau. On nous expliquera qu'il va téléphoner au Procureur Général du Roi. Nous restons assis et continuons la discussion avec l'adjoint, le secrétaire et un gardien qui est venu nous rejoindre. L'intervention bruyante du directeur met de l'émoi dans le voisinage… les gens passent devant la porte qui est restée ouverte et jettent un œil pour voir ce qui se passe.

Le directeur revient 10 minutes plus tard et confirme sa première décision. Nos arguments ne l'ébranlent nullement, nous avons tout essayé : notre étonnement de voir que les progrès sur la transparence du fonctionnement de la Justice marocaine sont très limités, que les allégations sur la situation des prisonniers vont être confirmées, que nous aurions aimé noter un progrès dans les rapports que nous ferons à notre retour, que si nous ne pouvons voir les 5 prisonniers il pourrait en faire venir un seul à qui nous remettrions les friandises que nous avons apportées, même si nous ne pouvons échanger aucune parole, nous avons fait appel à ses sentiments humains pour qu'il nous laisse faire ce geste de solidarité … il reste inébranlable, n'a qu'une envie nous voir partir vite. Nous tentons d'avoir des indication précises pour connaître la procédure exacte " pour la prochaine fois " mais les réponses sont confuses et contradictoires, il demande finalement à son adjoint de nous expliquer la procédure en lui faisant signe que nous devons sortir.

Nous descendons l'escalier sous les regards étonnés des employés qui ont suivi la scène. Arrivés dans le hall, la porte de la cour s'entrouvre. Les prisonniers qui s'apprêtent à aller au parloir nous découvrent, on aperçoit la cour elle semble petite, il y a plein de monde. Cela n'a duré que quelques secondes, suffisamment pour que l'information passe. Elle sera sans doute relayée par les familles qui attendent toujours dehors : la lourde porte métallique a été ouverte, elles peuvent nous voir parlementer longuement avec le directeur adjoint qui tente de nous expliquer qu'ils ne sont que des subalternes et que la décision ne peut venir d'eux ; il continue de nous donner des indications sur la procédure à suivre pour visiter des prisonniers, mais même avec de la bonne volonté nous ne saisissons pas s'il faut demander directement à Rabat, s'il faut passer par le Directeur ou le Procureur Général du Roi… ni combien de temps il faut le faire à l'avance, lui répond un ou deux mois, un gardien qui veut faire celui qui sait dit une semaine…

Nous les saluons en faisant remarquer que pour ce qui nous concerne il est plus difficile d'entrer dans la prison que d'en sortir.

Nous saurons par la suite ces péripéties ont été réconfortantes pour les prisonniers sahraouis et que la prison a connu une grande effervescence du côté de l'administration.

UP