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Bureau International pour le Respect
des Droits de l'Homme au Sahara Occidental <><><> DIGNITE <><><> DIGNITY <><><> DIGNIDAD <><><> DIGNITA<><><> |
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Mémorandum
soumis à
Nous, auteurs du présent mémorandum, défenseurs sahraouis des droits de l'homme et victimes des violations graves des droits humains liés au conflit politico-militaire sur le Sahara occidental depuis le 31 octobre 1975, lesquelles violations ont été perpétrées par l'Etat marocain ; En dépit de nos réserves sur certaines dispositions de la recommandation/ approche qui succède à l'approche réductrice précédente, nous relevons l'aspect positif qui réside dans l'ouverture à nouveau du dossier des violations graves des droits de l'Homme et réaffirmons, par le présent mémorandum, notre attachement à nos droits légitimes, en vue de rendre justice aux victimes, de mettre en lumière la vérité et de prémunir la société sahraouie. L'objectivité et le réalisme ont présidé à la formulation de notre point de vue sur cette recommandation en vertu de laquelle a été créée "l'Instance Equité et Réconciliation" ainsi qu'à notre conception de la résolution du problème des violations. Dans la perspective de voir s'aplanir les obstacles qui bloquent la satisfaction de nos revendications et des aspirations du mouvement des droits humains et de la communauté internationale, nous souhaitons que ce mémorandum contribuera à la conception d'une approche juste et équitable pour le règlement du dossier des violations graves des droits humains, s'il existe une volonté réelle de clore le dossier. A cet effet, nous vous soumettons le présent mémorandum.
Aperçu général sur les violations graves des droits humains au Sahara
Les victimes des violations graves des droits de l'homme au Sahara occidental tels que les disparus, les détenus, les exilés et autres sont de tous les âges, des enfants d'un an au vieux de plus de 100 ans. Ils sont également des deux sexes et de toutes les catégories sociales, étudiants, fonctionnaires, enseignants, militaires et retraités, ouvriers, commerçants, éleveurs de bétails, artisans et autres. Ils sont citadins et campagnards. En somme, ils appartiennent à une même société qui a pâtit de ces crimes odieux et ces agressions barbares. On peut classer ces crimes dans la catégorie des violations graves des droits humains conformément aux instruments internationaux (deux documents des experts internationaux Theo Van Boven - Shérif Basiouni et les Statuts du Tribunal pénal international) : * La disparition forcée. 1- La disparition forcée :
2- La détention arbitraire : On entend par détention arbitraire ou détention politique
la détention de groupes de personnes qui sont généralement
enlevées puis disparus de force durant des périodes allant
de plusieurs jours à quelques mois avant d'être jugées.
Les procès avaient un caractère politique et présentaient
plusieurs irrégularités flagrantes telles que les contrevérités
fabriquées de toutes pièces et insérées
dans les dossiers, des accusations mensongères, l'absence de
conditions équitables pour le jugement et condamnations sévères,
outre les traitements inhumains et dégradants dans les prisons.
Les victimes en étaient des activistes politiques, des défenseurs
des droits de l'homme et des citoyens ordinaires. Il est à relever
que le nombre de procès s'est vu croître à compter
de 1999, suite aux protestations pacifiques qui ont eu lieu à
Laâyoune, Semara et autres villes sahraouies et des sites estudiantins
à Rabat, Marrakech et Agadir. Les autorités marocaines
ont recouru, en particulier à Laâyoune, à des milices
de civiles d'origine autre que sahraoui pour opprimer les sahraouis.
Elles ont également tiré des balles réelles sur
les manifestants sahraouis dans la ville de Assa en 1992, ce qui a fait
plusieurs blessés. Il est à noter que certains de ces procès ont eu lieu, alors même qu'on parle de clore le dossier du passé douloureux. - Lieux de détention, de disparition et centres de torture : Bien que les lieux de détention de plusieurs disparus sont
restés inconnus, les rescapés par milliers ont révélé
les noms de certains lieux et d'institutions étatiques qui ont
été utilisés comme centres secrets ou centres de
torture, où des centaines de victimes ont passé des jours
et des années ou elles n'ont fait que passer avant d'être
transférés dans d'autres centres. On en cite : les casernes
des forces armées royales, les casernes de la gendarmerie royale,
les casernes des CMI relevant de la sûreté nationale (caserne
de Laâyoune utilisée comme centre secret et centre de torture),
des postes de police, des centres de la DST, des pavillons secrets de
certaines prisons telles que la prison Lakhal à Laâyoune,
le pavillon secret de la résidence de l'ancien gouverneur de
Laâyoune dénommé Saleh Zamrak. Ces institutions
sont devenues tristement célèbres comme centres de disparition
et de torture à Dakhla, Laâyoune, Semara, Tantane, Doura,
Tarfaya, Guelmime, Assa et Zag, puis Agdez, Kela del Mgouna, Sekoura,
Riche, Témara, Derb Moulay Cherif, Sidi Ifni, Marrakech, Agadir
et autres Les témoignages des victimes des différents âges, sexes et catégories sociales affirment avoir subi toutes les formes de tortures de la part de tortionnaires qui sont encore en fonction au Sahara. La torture ne se limite pas à la période de l'enquête, mais elle constitue un exercice quotidien dans la majorité des cas, tout au long de la période de disparition qui varie de quelques semaines à 16 ans. La torture avait les formes suivantes : l'avion, le poulet grillé, la falaqa (coups sur la plante des pieds) , les gifles, les coups de pieds, les coups sur tous le corps par les fils électriques tressés et les bâtons, les chocs d'électricité dans les zones sensibles du corps, l'étranglement partiel par des torchons imbibés d'urine, d'excréments, de matières chimiques, la crucifiement, les clous dans les mains, l'arrachage de dents, les brûlures à coup de cigarettes, le viol des femmes par l'usage de bouteilles, de tuyaux en plastique et de baguettes de pain sec, le viol des hommes, l'avortement forcé des femmes, la séparation de nourrissons de leurs mères, la tractation par les voitures, le lâchage de chien pour mordre les victimes, l'isolement, la privation du sommeil, le lâchage dans des bassins d'eau froide, le bandage constant des yeux, les menottes, l'absence de médication et d'enseignement, la malnutrition, l'absence des conditions minimums de vie. La preuve de la barbarie de ces crimes et de l'ampleur de la tragédie n'en est autre que le décès des rescapés des centres de détention secrets à cause des maladies mortels et contagieuses, les mauvaises conditions sanitaires. Cette souffrance n'a pas pris fin avec la libération des victimes. Ils se sont trouvés, après leur libération, face à l'insouciance, la marginalisation, les intimidations, les menaces, l'interdiction d'exercer des métiers libéraux, les restrictions à la liberté de circuler et de s'exprimer, les pressions, les provocations, outre les séquelles telles que les maladies qui ont causé des dizaines de décès après libération. D'autres décès ont eu lieu dans des circonstances mystérieuses. Les invalidités permanentes, organiques et psychologiques sont innombrables. Ceci sans oublier la souffrance des familles, en particulier les familles des disparus sont le sort est encore inconnu et dont on ne peut mesurer l'ampleur. 4- Le génocide : Plusieurs récits affirment que depuis le début du conflit, les sahraouis ont été victimes de campagnes d'oppression aveugles. Les groupements de tentes et les villages ont également été la cible de bombardements par des armes prohibés à Oum Drika, Jdiria et autres. Ces bombardements ont fait plusieurs victimes. Les récits font également état d'autres formes de génocide tels que le lâchage de personnes du haut des avions, l'inhumation de personnes vivantes dans des fausses communes. La majorité de ces récits citent Msid et Jdiria, outre les victimes des mines antipersonnel dont les victimes sont de plus en plus nombreuses. 5- La déportation forcée : Les agglomérations et villages du Sahara ont connu des campagnes de déportation forcée de la population après massacre du bétail, de pillage de leurs biens, de destruction ou d'empoisonnement de puits qui sont la source d'eau. La déportation a touché les villages suivants : Lbirat, Zag, Biranzarane, Boukraa, Dchira, Hagounia, Ousred, Btih, Jdiria, Houza, Argoub.. etc. La déportation forcée a contraint les populations civiles à vivre en marge des villes dans des conditions sociales difficiles. C'est ce qui constitue une atteinte à leurs sûreté et stabilité et à leur mode de vie.
Approches officielles :
1. Première approche réductrice : La première approche réductrice a limité la
question du dossier des violations graves des droits humains à
la disparition forcée et à la détention arbitraire,
sans toutefois fixer une définition précise de ces deux
notions, ni les catégories auxquelles elles s'appliquent. Il
est à noter que les précédents mémorandums
rendus par le CCDH en octobre 98 et avril 99 ont engendré une
grande déception chez les victimes, leurs familles et les militants
des droits humains pour les considérations suivantes : B. Cette approche a déclaré les victimes coupables d'atteinte à la sûreté de l'Etat marocain, alors qu'elle a fait des responsables de ces disparitions des défenseurs de la sécurité de l'Etat. Elle a donc recommandé de gracier les tortionnaires et les responsables de ces crimes au même titre que les victimes, alors même que la législation internationale n'autorise aucune amnistie pour les auteurs des crimes contre l'humanité. L'amnistie accordée à des victimes jamais jugées ni condamnées n'a aucune raison d'être. C. L'indemnisation des victimes de la disparition forcée et de la détention arbitraire s'est faite à travers la création de l'instance d'arbitrage chargée de l'indemnisation, sans aucun respect des fondements de l'arbitrage qui sont le consensus mutuel, l'indépendance et la transparence. Toutes ces conditions n'ont pas été satisfaites. * Le consensus : Il a été imposé aux victimes de signer une attestation d'acceptation des résultats de l'arbitrage, sans accord consensuel préalable et sans prendre en considération la situation déplorable que vivent les victimes, tout en exploitant cette démarche pour faire passer cette approche et en faisant de l'attestation une condition sine qua none pour l'examen des dossiers, pour le traitement médical ou pour l'octroi d'une avance sur indemnité pour la résolution des problèmes urgents. * L'indépendance : Cette instance compte parmi ses membres des représentants d'organes impliqués dans ces violations, tels que le ministère de l'intérieur en tant que responsable des enlèvements et organe en charge de plusieurs centres de détention secrets et le ministère de la justice qui est également responsable dans la mesure où il n'a pas mis en mouvement l'action publique concernant ces violations. * La transparence : L'instance d'arbitrage n'a pas révélé les critères de son action. Elle a usé de discrimination et de duplicité concernant le dossier des sahraouis, ceci outre la faiblesse de l'accompagnement médiatique et humanitaire de l'arbitrage, la négligence des propositions des victimes, l'évaluation des préjudices par elle exclusivement, la prise de décision unilatérale pour ce qui de l'évaluation du montant de l'indemnisation et l'interdiction aux victimes de recourir contre ses décisions. L'on peut conclure que la précédente recommandation
du Conseil portant création de l'instance d'arbitrage chargée
de l'indemnisation des victimes de la disparition forcée et de
la détention arbitraire, bien que rendue dans un contexte négatif,
elle comporte des aspects positifs que l'on ne peut ignorer. La création
en elle-même de l'instance est une reconnaissance par l'Etat marocain
des violations graves des droits humains, après les avoir reniées
et occultées pendant plusieurs années. Cette création
comporte également une reconnaissance tacite de la responsabilité
de l'Etat. Autrement, cette instance n'a pas appliqué les principes
visant à rendre justice aux victimes des violations graves des
droits humains, les décisions et recommandations de la Commission
onusienne des Nations unies qui a stipulé entre autres la révélation
de la vérité, la recherche de preuves pour permettre le
recours à la justice, la réparation du préjudice
qui comporte l'indemnisation, la restitution de biens, la réhabilitation,
la réintégration, le suivi médical ...etc. Nouvelle approche : I- Contexte général : Cette recommandation intervient dans un contexte où la région du Sahara occidental connaît encore un processus de violations systématisées qui consiste à limiter les libertés publiques et à confisquer tous genres de droits : détentions, accusations abusives, procès politiques iniques, répression, torture, intimidations, entraves à la liberté d'opinion, dissolution des associations, répression des manifestations pacifiques, entraves à la liberté de circuler, violation du droit à la sécurité et à la stabilité par la déportation forcée, le maintien en suspens du dossier des disparus dont le sort est encore inconnu. En rapport avec ces violations, les défenseurs des droits de l'homme sahraouis ont été victimes d'abus et d'actes de provocation tels que la déportation, le licenciement, le gel des salaires, l'interdiction de passeports ou leur confiscation, l'interdiction de constitution d'associations, le gel de la section du Sahara du Forum vérité et Justice en vertu d'un jugement inique qui n'a d'autre objectif que l'invalidation de tous les acquis du mouvement des droits humains. En somme, le contexte général où intervient
cette recommandation/approche porte atteinte à l'un des principaux
critères internationaux sur lesquels se base le mandat de la
majorité des commissions de vérité de par le monde
dans le cadre de ce qu'on appelle la justice transitionnelle. 2. La Recommandation :
a. Poursuivre les recherches sur les disparus dont le sort est inconnu. d. L'indemnisation, la réparation du préjudice y compris
l'intégration et la
" Libérer les détenus pour raisons politiques. 5. Revendications fondamentales : A. La vérité : La révélation de la vérité qui constitue le fondement de toute solution possible basée sur les dispositions des traités internationaux exige ce qui suit : - Révéler le sort de toutes les victimes de la disparition
forcée, libérer les survivants d'entre eux et établir
la liste des décédés. - Ouvrir les centres de détention, de disparition et de torture et procéder à leur conservation. B. Réparation des préjudices :
* Indemniser les victimes, leurs familles, les ayants droit des décédés et des disparus dont le sort est inconnu après avoir libéré les survivants et remis les dépouilles des décédés. * Reconnaître officiellement les faits, reconnaître la responsabilité de l'Etat, réhabiliter les victimes et la société et leur présenter des excuses officielles. C. Jugement des responsables : La revendication de juger les responsables est légitime de
point de vue éthique, philosophique et juridique dans le cadre
de tout règlement du dossier qui se veut conforme à la
tendance internationale générale. Il apparaît que l'approche officielle de l'Etat marocain n'offre pas les conditions minimums qui peuvent répondre aux revendications légitimes des victimes compte tenu des ambiguïtés et des contradictions qu'elle comporte, et qu'elle n'apporte rien en termes de négociations et de propositions. Elle s'abstient de citer les crimes et leurs auteurs et incrimine les victimes sans aucun égard pour leurs droits. S'il est vrai que l'échec de l'approche précédente a conduit à la formulation de l'approche actuelle, il n'en demeure pas moins que les deux approches s'accordent sur l'impunité dont la levée demeure un élément indispensable au règlement du dossier des violations graves des droits de l'Homme. Fait à Laayoune le 23/4/2004. Signataires:
- Daddach Sidi Mohamed : (Prix rafto ) . - Brahim Sabbar
- El Ghalia Djimi - Hmad Hamad - Med Lamine Tirsal - Salek Bazaid - Med Salem Lak'hal - Bchirna Laâroussi |
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