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Bureau International pour le Respect
des Droits de l'Homme au Sahara Occidental <><><> DIGNITE <><><> DIGNITY <><><> DIGNIDAD <><><> DIGNITA<><><> |
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Le départ est fixé à 6h. Nous partons pour le sud, découvrir la mythique Dakhla et sa belle lagune qui se trouve à quelques 500 km, dont tant de sahraouis nous ont parlé. A la sortie de la ville on passe devant la bande transporteuse du phosphate en provenance de Boucrâa qui termine sa course au port de Laayoune. Un peu plus loin on assiste à la noria de camions qui transportent le sable extrait du bord de mer et qui va être acheminé sur les plages des îles Canaries. A 25 km de la capitale, c'est le choc : à moins de 100m de la route sur notre droite, nous passons devant la sinistre prison de la plage El Bir dont Ghalia et Minetou nous avaient parlé. C'est grand, c'est gardé, ça ne semble pas délabré pour un établissement qui est censé ne plus être occupé ??? Que de souffrances, que de morts sans doute dont ces murs gardent mémoire ! Y a-t-il encore des disparus ? Nous faisons une halte près d'un cimetière où un Saint est enterré. A quelques pas se trouvent des sources d'eau chaude, on nous promet de les voir au retour (ce sera la pleine nuit). La halte de BOUJDOUR Nous faisons une pause dans la maison d'amis qui nous attendaient et avaient préparé un gros petit-déjeuner avec des gâteaux, des dattes tout ce qu'il faut pour réconforter les voyageurs, on apprécie la tradition nomade ! Hjeiba est fière de nous raconter qu'ils ont accueilli ici Daddach lors de sa venue à Boujdour en février 2002. Les autorités ne voulaient pas que se reproduisent les manifestations de joie massives qui s'étaient produites à Laayoune et Smara. Les représailles ne se sont pas fait attendre, le salaire de son mari, Mohamed Ahmed El Khliffi secrétaire à la Municipalité, a été suspendu en mars et ce durant 3 mois, la maison comme ses déplacements sont surveillés. Les autres personnes qui étaient présentes se sont vues supprimer la promotion nationale. Il touche 2000 dhs au tire de la promotion nationale pour 40 heures de travail. Il y a 300 à 400 fonctionnaires Sahraouis à Boujdour, aucun n'occupe un poste à responsabilité. Avant de reprendre la route nous tentons une visite du port ce qui nous est refusé au poste de police. Au retour nous ferons (de nuit) un tour dans une autre partie du port. Au long de la route nous passons devant les villages de pêcheurs marocains aux constructions précaires, certains sont installés à demeure, d'autres dans des cabanes de bois qui s'échelonnent le long de la côte rocheuse. Une misère qui en côtoie une autre. On se dit que toutes deux ont grand intérêt aux changements politiques au Maroc. Dès le poste de contrôle de Dakhla on sent
que ça devient plus musclé. C'est dans un gros camion
de la DST qu'est installé le fonctionnaire qui contrôle
les papiers des gens et des véhicules. Il y a plusieurs voyageurs
européens qui se rendent en Mauritanie ou plus au sud. Comme
d'habitude, on nous demande notre situation de famille, nos professions,
les noms de nos parents, le nombre de nos enfants. A 200m ce sont
les gendarmes. Et ça finit par " bienvenue ", on
n'en doutait pas, mais deux fois de suite en peu de temps, c'est beaucoup. Arrivés en ville nous ne sommes déjà plus seuls, ce ne sont pas moins de 4 voitures qui nous suivent. Notre chauffeur ne connaît pas très bien le chemin, il emprunte des petites rues et l'on perd 2 voitures (dont la jeep) à cause d'une camionnette qui s'est malencontreusement intercalée entre nous. La ville est pavoisée de drapeaux rouges frappés de l'étoile chérifienne. Les marocains vont bientôt fêter l'annexion du Sahara Occidental lors de la " Marche Verte " mise en scène par Hassan II à l'automne 1975. Cette année les habitants ne sont pas obligés d'accrocher un drapeau ; on constate que dans les quartiers habités par les sahraouis, on a oublié de mettre les drapeaux aux fenêtres. Il est 16h quand nous arrivons à la demeure d'un jeune couple : Meska Ezzine Ahmed Zine et Belhaj Nebghoha ils ont 28 et 29 ans, ils viennent de se marier. Ici, en juin 2002, la veille de la venue de la section Sahara du Forum Vérité et Justice, une réunion avait été organisée. La police, à la recherche de Brahim, a fait irruption dans la maison en cassant la serrure. Quelques hommes nous attendent, dont deux jeunes, tous sont graves ; cette première rencontre, sans femme, augure la pesanteur l'atmosphère que nous ressentirons tout au long des 24 heures que nous allons passer dans la ville. Nous apprendrons qu'aujourd'hui, le Divisionnaire de la Gendarmerie de Dakhla n'est autre que BRAHIM BENSAMI, qualifié de " criminel, assassin, grand tortionnaire de nombreux sahraouis " La ville compte environ 5000 sahraouis, dont 80% sont chômeurs, ce qui correspond à la situation des interlocuteurs présents. Il y a 27 000 électeurs. La population marocaine est multipliée par 10 à 20 durant la période de pêche qui commence le 15 novembre pour une durée de 3 à 5 mois. Ils sont des milliers de pauvres hères, dormant dans les rues et les jardins, certains construisent des cabanes le long de la côte, mais les autorités les démolissent dès leur départ (aux beaux jours, c'est pas très bon pour l'image touristique). Avec le phosphate, la pêche, c'est la manne financière de la colonisation marocaine. 82 usines (de plus ou moins grande importance) traitent poissons et poulpes dans la zone industrielle. Au rythme où les poulpes sont pêchés, y compris durant les 3 mois de reproduction, on estime qu'en 2005 ils auront quasiment disparu de cette région. Nous formons deux groupes pour recevoir les témoignages.
De 1975 à 1992 la période fut très lourde pour les gens, on se sentait dans un trou noir. De 1975 à 1979 se sont les mauritaniens qui occupaient la région. Quand ils se sont retirés, le Maroc a revendiqué tout le territoire du Sahara Occidental. Le 14 août 1979 ils ont envahi le Rio de Oro. Entre 1979 et 1982 les rafles touchent toute la population civile : femmes et enfants compris. Ils ont procédé au regroupement des familles qui nomadisaient dans la région de Bir Enzaran, tuant et dispersant leurs troupeaux. Il les ont installées à 5 km de Dakhla. (c'est ainsi que l'on peut parfois confondre la ville de Bir Enzaran et ce camp que les gens ont ensuite appelé Bir Enzaran). Plus de 700 personnes ont été emprisonnées plus ou moins longtemps, beaucoup ont disparu. Pour la seule période du 14.10.79 au 28.10.1979 plus de 300 personnes ont été emprisonnées au commissariat de police ; il y avait toutes sortes de gens dont des enfants et des femmes car les arrestations étaient ciblées mais aussi faites au hasard pour terroriser la population. Toutes sortes de personnes étaient torturées : coups sur le corps, électricité, oreilles cassées, coups sur la plante des pieds " Lui-même a été emprisonné
à trois reprises
Il n'est pas en possession de son jugement que je lui demande car il faut payer 160 dirhams, somme trop importante pour lui. La dernière fois qu'il a été arrêté
c'est le 12 août 2002 lors d'une manifestation pour la reconnaissance
de leurs droits. Il a été condamné à deux
mois de prison avec sursis, mais il doit payer une amende de 600 dirhams.
Ceux qui ont été arrêtés avec lui : BRAHIM BEN SAMI inspecteur à Laayoune a été
transféré à Dakhla, il est selon le fils du disparu
un grand tortionnaire. Il est aujourd'hui divisionnaire à l'hôtel
de police de Dakhla. Le lendemain matin nous allons visiter la zone industrielle et voir les usines de traitement de poisson. La police, qui a passé la nuit à veiller sur nous, continue une filature qui se veut discrète. Au fil des va et vient, il arrive que nous les croisions au détour d'un bâtiment. On balance entre le rire et les frissons quand on pense à nos amis qui eux resteront ici. Dans la voiture de la police, il y a deux hommes dont l'un est le tortionnaire de Mohamed Salem qui nous accompagne. Il nous livre cette précision comme une chose anodine. Retour à la maison de nos jeunes amis ; après un délicieux repas préparé par Meska, nous recevons la visite de trois femmes. " Elles sont venues " constatent les hommes avec satisfaction. Nous nous installons dans la chambre pour créer notre intimité, à nous, les cinq femmes.
Tout au long de ces
témoignages, les tortionnaires les plus souvent cités
sont : Nous quittons Dakhla, bien d'autres personnes seraient venues si nous étions restés une journée de plus. Nous passons par la maison de la grand-mère d'Ahmed qui tenait à nous offrir des melafas. Arrivés au poste de contrôle à la sortie de la ville, le portable sonne déjà pour nous informer que les policiers ont arrêté la voiture des amis que nous venons de quitter et qui repartaient ensemble chez eux. Ils ont demandé de leur remettre leur voiture ils ont refusé. Il semble que ce soit la première fois qu'ils disaient non à la police. |
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