Bureau International pour le Respect des Droits de l'Homme au Sahara Occidental
Oficina International para el Respeto de los Derechos Humanos en el Sahara Occidental
International Bureau for the Respect of Human Rights in Western Sahara

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Dans le cadre d’une tournée internationale, AMINATOU HAIDAR
En Suisse et à l’ONU
 
 
 
 

Depuis avril de cette année, Aminatou Haidar a parcouru de nombreux pays (Suède, Espagne, Italie, Afrique du Sud, USA, Suisse, France) pour faire connaître les graves violations des droits humains commises par l’Etat marocain au Sahara Occidental.
En Septembre, elle était à Genève pour participer à la deuxième session du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU.

A cette occasion, elle a pu rencontrer des représentants d’ONG de défenses des droits humains et d’Etats membres du Conseil.

Mardi 26 septembre : rencontre avec le BIRDHSO .

Mercredi 27 : Conférence au Palais des Nations. Cette conférence était organisée par Interfaith international, le Mouvement international des jeunes et des Etudiants des Nations Unies (ISMUN), le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), la Ligue internationale pour la les droits et la libération des peuples (LIDLIP), International Education Development, Union internationale de la jeunesse socialiste (IUSY) et Women International league for peace and freedom (WILPF) .
Présidée par M. Charles Grave (Président d’Interfaith International), elle a accueilli Mme Aminatou Haidar, Mme Christiane Perregaux (professeur à l’Université de Genève et membre du Comité Exécutif du BIRDHSO), et Me Doris Leuenberger, avocate de la Ligue Suisse des Droits de l’homme qui a participé en tant qu’observateur a plusieurs procès contre des défenseurs sahraouis.

 
 

Intervention d’Aminatou Haidar lors de la Conférence

 

Les intervenants : Doris Leuenberger, Christiane Perregaux, Charles Grave

Vendredi 29 : -intervention de A.Hidar devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (malgré les protestations du représentant du Maroc.

Intervention de Aminatou Haidar

en marge de la présentation du rapport sur les  droits de l'homme

28.09.06


Mesdames,  Messieurs ,
 
Ma visite au Palais des Nations Unies, et ma présence à ce Conseil des droits de l'homme  font  partie de la Campagne internationale de mobilisation qui m'a conduit dans plusieurs pays comme la Suède, l'Espagne, en Belgique, et notamment au Parlement européen, l'Italie, l'Afrique du sud,  et je viens tout juste d'achever une visite aux Etats-Unis d'Amérique.
 
Cette campagne a pour but de sensibiliser l'opinion internationale et dévoiler les violations flagrantes perpétrées au quotidien par le Maroc contre les citoyens civils sahraouis dans les territoires du Sahara Occidental occupés illégalement par le Maroc depuis le 31 octobre 1975.
 
Mesdames, Messieurs,
 
Je vous confirme que la situation des droits de l'homme au Sahara Occidental occupé est très préoccupante et, jour après jour devient plus grave et la vie des défenseurs sahraouis des droits de l'homme plus  menacée.
 
Les forces d'occupation marocaines font régner la terreur depuis leur invasion du Sahara Occidental en 1975. Elles ont installé un dispositif policier et militaire impressionnant, pour bâillonner nos libertés, pour nous interdire de manifester et nous exprimer librement.
 
Moi qui vous parle j'ai vécu dans ma chair et dans ma dignité les horreurs indescriptibles dans les bagnes secrets, j'ai subi des tortures physiques et psychiques, j'ai été déportée à l'âge de 20 ans pendant 3 années et 7 mois ( 1987- 1991).  J'ai passé toute cette longue période avec des yeux bandés sans traitements médicaux, sans douche avec une mauvaise alimentation et une nourriture pleine d'insectes,  menacée tout le temps de viols. Ma famille me comptait parmi les morts,  car elle  ne savait rien de moi dès le moment de mon enlèvement où elle a perdu toute information sur mon sort, quant  à moi, j'étais complètement isolée du monde extérieur.
 
Après l'enfer vécu, les autorités marocaines, pour me réduire au silence m'ont privé de mon droit au passeport pendant plus de quinze ans. Elles ont gelé mon salaire au mois d'avril 2005, et de nouveau m'ont arrêté en juin 2005 après être tabassée et torturée en plein public par le célèbre tortionnaire marocain   (Ichi Abou Hassan ), ce qui m'a causé de graves blessures au niveau de la tête, et qui ont eu onze points de sutures et 03 fractures costales.
 
De la salle d'urgence à l'hôpital d'El Aiun occupée, j'étais enlevée sans que ma famille soit informée. J'ai passé trois jours d'interrogatoires continus au centre de la police judiciaire marocaine, et sur la base d'un dossier d'accusation falsifié et non authentique que je n'ai pas lu, ni signé. J'ai purgé 7 mois ferme à la fameuse prison noire d'El Aiun avec un groupe de 9 défenseurs sahraouis des droits de l'homme et des dizaines de détenus politiques sahraouis. Lors de cette détention, nous avons  observé une grève de la faim pendant 51 jours, ce qui affecta considérablement notre santé qui ne cessa de se détériorer.
 
Mon seul et unique crime est d'avoir revendiqué ma liberté qui est celle de mon peuple sahraoui, et d'avoir dénoncé les violations des droits de l'homme commises par l'Etat marocain contre la population civile sahraouie. N'eut été le soutien et la solidarité de plusieurs organisations des droits de l'homme et des conscients et nobles dans le monde, je ne serais peut être pas avec vous aujourd'hui.
 
Mais mon cas n'est unique car  les victimes sahraouis de répression se comptent par milliers de femmes, d‚ hommes, de tout âges et même les enfants ne sont pas épargnés !
Tous sont persécutés, opprimés, agressés chaque jour. On déplore plusieurs centaines disparus, et  il n'est pas de famille qui n'ait été endeuillée au Sahara Occidental occupée. Au moment même ou je vous parle, les forces d'occupation marocaines sont en train de perpétrer des crimes contre des sahraouis civils innocents, dans un territoire verrouillé ou les observateurs étrangers et la presse ne sont pas admis, de nombreuses délégations ont été refoulées de l'aéroport d'El Aiun occupée.
 
Les poursuites, les harcèlements, les intimidations, les arrestations, la torture et les enlèvements sont quotidiennement exercés contre les militants sahraouis, et surtout les
défenseurs sahraouis des droits de l'homme. Ces derniers, depuis des années multiplient leur action pour faire connaître et dénoncer ces violations. Pour contrecarrer leur activisme, l'Etat marocain a intensifié les intimidations contre eux. Parmi les méthodes d'intimidations pratiquées, l'on cite :
 
1. Interdiction de voyager à l'extérieur pour participer aux rencontres internationales des droits de l'homme, le premier cas était celui de M. Noumri Brahim et El Hamed Mahmoud qui devaient  participer aux travaux de la 57ème Session de la Commission des droits de l'homme de l'ONU à Genève en 2001. Les autorités marocaines ont interdit, le 27 mars 2003 à une délégation composée de 5 défenseurs sahraouis des droits de l'homme (Khaya Cheikh, Lekhfaouni Bachir, Noumri Brahim, Gharhi Brahim,  Dahhane Brahim, Sidi Mohamed Daddech) et d'autres membres des familles de disparus sahraouis (Hamiya Ahmed , Hamma El Qotb, Taghlabout Meimouna, Haddia Zeidane et d‚autres...) Cette délégation, qui s'apprêtait à prendre l'avion pour Genève afin de participer à la campagne internationale « Liberté et justice pour les disparus sahraouis » lancée par le Bureau international pour le respect des droits de l'homme au Sahara Occidental (BIRDHSO) a été arrêtée à l'aéroport Mohamed V de Casablanca par des éléments des services sécuritaires marocains (DST), leurs passeports, leurs billets d'avion et d'autres documents ont été confisqués jusqu'à aujourd‚hui.
 
2. Les interrogatoires :
 
Les défenseurs sahraouis des droits de l'homme sont souvent convoqués par la police et interrogés sur leurs activités.
 
3. Filature :
 
Lors de leurs déplacements dans les villes sahraouies ou au sud du Maroc, les défenseurs sahraouis des droits de l'homme sont habituellement soumis à une filature bien organisée, et les autorités marocaines interdisent à la population sahraouie, dans ces villes de les héberger ou les accueillir. Les personnes ayant bravé cette interdiction sont souvent harcelées, interrogées, ou voient leurs salaires non payés ou même gelés par les autorités marocaines.
 
4. Licenciements abusifs :
 
Comme c'est le cas de M. Moutk El Houssein, Président du Forum Vérité et Justice, section Sahara, M. Gaoudi Mohamed Fadel, El Haiba Ahmed Mahmoud, Yahya Mohamed El hafed et d'autres...
 
5. Gel des salaires :
 
Les salaires de quelques défenseurs sahraouis des droits de l'homme ont été gelés, c'est le cas de M. Ali Salem Tamek, Hmad Hammad, Ismael Brahim et moi personnellement.
 
6. Déportation dans les villes marocaines :
 
Depuis novembre 2001, et après la victoire de la campagne internationale pour la libération de Sidi Mohamed Daddech et les prisonniers politiques sahraouis à laquelle ont participé activement les défenseurs sahraouis des droits de l'homme.  L'Etat marocain a procédé au transfert abusif aux villes marocaines des défenseurs sahraouis des droits de l'homme.
 
Cette politique a pour but de les éloigner du Sahara Occidental, et par la suite  de les soumettre à des condition de vie très difficile. Les Défenseurs sahraouis déportés sont :
 

  • El Moutawakil Mohamed, de la ville d‚Assa au sud du Maroc à Casablanca
  •  Hmad Hammad d‚El Aaiun à Trfaya au sud du Maroc
  • Tamek Ali Salem d‚Assa au sud du Maroc à Meknes
  • Abdedayem Mohamed d‚Assa au sud du Maroc à Taounat
  • El Hamed Mahmoud d‚El Aiun à Casablanca
  • Jaim Mohamed d‚El Aiun à Benguerir, près de Marrakech Lidri El Houcein de la  ville de Goulimin au Sud du Maroc à Chichaoua, près de    Marrakech
  • Latif Allal d‚El Aiun à Erfoud, près de Rachidiya
  • Igilid Hammoudi d‚El Aiun à Gallat Sragna
  • Sidi Saili  de Boujdour à  Benguerir
  • Lekhal Mohamed Salem de Boujdour à Safi et d'autres....

 
7. Confiscation des biens :
 
Les autorités marocaines confisquent le plus souvent les caméras vidéo, les appareils photo, les portables, les ordinateurs et les documents, et dernièrement on a doté une mesure d'intimidation particulière, il s'agit de la confiscation des voitures ou des papiers des défenseurs sahraouis des droits de l'homme. C'est le cas par exemple de Baamar El hafed, Ghaoudi Mohamed Fadel, Hmad Hammad, Allal Latif, Smael Brahim, et moi-même.
 
Il y a d'autres intimidations comme les menaces d'élimination physique à travers des appels téléphoniques. Le refus de recevoir le dossier administratif de constitution légale des associations comme c'est le cas de l'Association sahraouie des victimes des violations graves des droits de l'homme commises par l'Etat du Maroc. Cette ONG a fait recours auprès du tribunal administratif, son siège à El Aiun  a été perquisitionné par la police marocaine et ses biens documentaires ont été confisqués.
 
8. Les arrestations arbitraires de 2005 :
 
Arrestations ou jugements des 10 défenseurs sahraouis qui sont Ali Salem Tamek, Moutawakil Mohamed, Lidri El Houcine, Noumri Brahim, El Arbi Massaoud, Sidi Sailli, Brahim Dahhane, Hmad Hammad, Bougarfa Abderrahmane et moi également. Quant à Ghaoudi Mohamed Fadel, il a été libéré 72 heures après.
 
 
9. La torture :
 
Lidri El Houcine et Noumri Brahim, après leur arrestation ont été sauvagement torturés dans un centre de détention secret. Moi et Hmad Hammad, nous étions tabassés à mort par le tortionnaire marocain Ichi Abou Hassan dans la voie publique.
 
En 2006, arrestation et jugement du défenseurs sahraoui des droits de l'homme, Brahim Sabbar et arrestation du défenseur Ettarouzi Yahdih.
 
Le défenseur sahraoui des droits de l'homme Ali Salem Tamek est interdit, sur ordre des autorités marocaines d'accéder au territoire du Sahara Occidental.
 
Mesdames, Messieurs,
 
Depuis le 04 septembre, des dizaines de prisonniers politiques sahraouis parmi lesquels des défenseurs des droits de l‚homme observent une grève de la faim illimitée en protestation contre leurs conditions carcérales déplorables, et sont répartis entre la prison noire d'El Aaiun occupée, Ait Melloul, Inzagane à Agadir et Kenitra.
 
Depuis le 21 mai 2005, date du déclenchement du soulèvement populaire aux territoires occupés du Sahara Occidental et au sud du Maroc, la population sahraouie est l'objet quotidiennement de violations flagrantes des droits de l'homme perpétrées par les forces de la répression marocaines.
 
Je suis, donc ici pour exprimer un cri de douleur, et pour transmettre un appel urgent et un message pressant à la communauté internationale à travers ce Conseil des droits de l'homme, dont le Maroc est membre. Nous chérissons la liberté, la paix et la  justice.  A la violence policière, à la barbarie de l'occupation marocaine, nous opposons la résistance pacifique avec des moyens légaux et civilisés.
 
Nous sollicitons toutes les organisations des droits de l‚homme, toutes les consciences libres de par le monde d'intervenir auprès des autorités marocaines pour exiger d'elles le respect des droits de l'homme et la légalité internationale au Sahara Occidental.
 
Je vous sollicite aussi d'intervenir auprès du Maroc pour la libération immédiate et inconditionnelle des défenseurs sahraouis des droits de l'homme,  des détenus politiques sahraouis, et d'éclaircir le sort inconnu de plus de 500 sahraouis disparus depuis 1975,  civils et prisonniers de guerre.
 
- La création, dans les plus brefs délais d'un mécanisme de prise en charge par l'ONU de la protection des civils sahraouis et de la préservation de leurs droits fondamentaux, notamment à la liberté d'expression, de réunion, d'association et de mouvement.
 
- Permettre l'accès du territoire sahraouis aux médias, aux observateurs et aux ONG, et l'application, dans les plus brefs délais, du droit international et des résolutions onusiennes qui permettraient au peuple sahraoui de choisir librement son destin à travers l'organisation d'un référendum libre et démocratique.
 
La Communauté internationale, avec son silence a d'énormes responsabilités dans notre drame. Il est temps de mettre fin à cette injustice cruelle faite au peuple sahraoui depuis plus de 30 ans.

Je vous remercie.

Genève, 28.0.06

Aminatou avec Christian Viret, Président du BIRDHSO

Une délégation du BIRDHSO, composée de Christian Viret, (Président), Mme Christiane Perregaux, Abdeslam Omar est reçue avec Aminatou au Haut Commissariat des Droits de l’Homme de l’ONU par M. Guillaume Pfeiffle du Bureau des Défenseurs des Droits de l’homme de l’ONU. La délégation lui exprime son inquiétude et sa colère devant le silence des Nations Unies sur les violations des droits humains au Sahara Occidental, demandant que le rapport de la Mission du Haut Commisariat de mai 2006 soit publié au plus vite et que des mesures soient prises pour assurer  la protection de la population sahraouie.

Aminatou Haidar est reçue au « JRDIN DES DISPARUS » de Meyrin par des membres du Comité de l’association. Elle dépose un bouquet de fleurs devant la stèle dédiée aux disparus du monde entier.

Dépôt de fleurs devant la stèle : « en mémoire de toutes les personnes disparues nous demandons Vérité et Justice »